«L'individu est peut-être devenu psychotique, il s'est peut-être retrouvé dans une autre réalité, il a peut-être eu des hallucinations, a expliqué au Journal le docteur Chamberland lors d'une entrevue téléphonique. On ne peut pas l'exclure totalement. Mais il n'a jamais été malade avant !»
Defoy ne possèderait aucun antécédent de maladie mentale et des signes avant-coureurs se seraient normalement manifestés avant que le présumé agresseur pose des gestes aussi graves. Tout au plus a-t-il été congédié de son emploi d'infirmier auxiliaire à l'Hôtel-Dieu de Lévis, en 1991, pour vol de narcotiques. Sa dépendance aux drogues avait été reconnue au cours du procès en 1992 et il a accepté d'être traité. Depuis, aucune trace de maladie mentale à son dossier médical ou judiciaire.
Pierre Defoy est accusé d'enlèvement, de séquestration, d'agression sexuelle avec lésions, d'incitation à des attouchements auprès d'un enfant de moins de 14 ans, et de voies de fait graves.
Le docteur Chamberland croit plutôt qu'il s'agit d'un prédateur sexuel et il ne serait pas étonné du tout que l'on découvre qu'il a fait d'autres victimes antérieurement. Il s'y attend même. «Aucun antécédent avant de poser de tels gestes, à 50 ans, c'est possible mais c'est très rare, dit-il. Il avait peut-être d'autres exutoires, la pornographie ou autre chose ?» Mais la marche est haute entre le visionnement de photos pornographiques et des crimes aussi graves que ceux reprochés à Defoy. «Habituellement il y a une gradation et pour avoir une certaine jouissance, il faut en avoir toujours plus. Ce n'est pas une perversion qui arrive subitement.»
«Ce serait très surprenant qu'il soit allé à l'extrême limite une première fois.»
Une violence extrême
Pierre Defoy aurait agi avec une violence extrême, selon les accusations. Il a kidnappé sa victime en pleine rue, dans le même quartier qu'il habitait, à Saint-Romuald, il l'a agressée et a tenté de la faire disparaître. Le docteur Chamberland est perplexe sur l'enlèvement lui-même, devant de nombreux témoins. «C'est très mystérieux. Généralement, les prédateurs essaient plutôt de charmer leurs victimes, de les attirer dans un piège. Ça se peut qu'une forte pulsion ait été le déclencheur...»
Le spécialiste est porté à croire que le ravisseur avait ciblé une victime en particulier et qu'il n'a pas saisi le premier enfant qu'il a croisé.
Qu'il ait cherché à faire disparaître sa victime en la jetant, ligotée, dans une citerne qu'il avait commencé à boulonner au moment de son arrestation, s'explique aisément selon le psychiatre. «Kidnapper un enfant, le séquestrer et le forcer à des relations sexuelles, c'est tellement odieux qu'un individu ne veut pas être pris parce qu'il sait que les gens seront impitoyables à son endroit. On a affaire à quelqu'un qui avait gros à perdre : famille - il a deux enfants - réseau social, estime de ses employeurs. Les individus peuvent alors être prêts à faire beaucoup pour ne pas se faire attraper.» L'agresseur aurait alors cherché à faire disparaître sa victime.
Aveux imprévus
Dans l'hypothèse où des spécialistes obtiendraient de l'information sur des crimes antérieurs commis par la personne dont ils sont chargés de faire l'évaluation psychiatrique, ils sont tenus de les consigner dans leur rapport. «Lorsque l'on évalue quelqu'un, dit le docteur Chamberland, on se doit de lui expliquer ce que l'on cherche et ce que l'on fait précisément. À partir du moment où elle nous dit quelque chose, on le met au rapport.» Lorsqu'une personne est condamnée et se retrouve ensuite en thérapie, le médecin est à l'opposé lié par le secret professionnel.