Bien que depuis deux mois la Commission de vérité et de réconciliation des pensionnats indiens (CVR) a entamé son mandat de cinq ans, le moins que l’on puisse dire c’est que les autochtones de tout le pays sont très, très méfiants. C’est ce qui ressort de l’allocution prononcée par le juge de la Cour d’appel de l’Ontario, Harry S. LaForme, qui préside la CRV.
Devant les 400 participants à l’assemblée de l’Association nationale des centres d’amitié autochtone (ANCA) qui se tient à Québec, le juge LaForme a tenu à souligner l’indépendance de la commission vis-à-vis le gouvernement fédéral, qui, en vertu de décisions rendues par les tribunaux, finance l’opération à hauteur de 60 M$.
Rappelons que la CRV a pour mandat de faire la lumière sur les politiques d’assimilation qui visaient les communautés autochtones dans les pensionnats indiens entre 1920 et 1996. Outre cette politique d’assimilation, les autochtones auraient subi dans ces pensionnats des sévices et des abus d’ordre corporels, voire sexuels. En entrevue, Harry S. LaForme, lui-même autochtone, a souligné que l’objectif principal des pensionnats était «de tuer l’Indien dans l’enfant».
Méfiance
La CRV va éventuellement faire le tour du pays pour entendre les autochtones et reconstituer ce triste pan de notre histoire. Elle a deux ans et demi pour faire rapport et cinq ans pour mettre sur pied un centre de documentation et d’information.
Le financement venant du fédéral, certains autochtones craignent d’être dupés par l’exercice. À la période des questions, un participant à l’assemblée de l’ANCA a été clair. «Si vous travaillez pour le gouvernement, il me sera difficile de me présenter devant vous. C’est une période sombre de ma vie. Je suis devenu alcoolique. J’ai réussi à cesser de boire il y a 28 ans», a-t-il dit.
Le juge LaForme lui a répondu: «Il est important que vous compreniez que nous ne faisons pas partie du gouvernement. Il faut nous faire confiance. Nous sommes sincères. Cette commission ne vient pas du gouvernement du Canada, mais de décisions rendues par des tribunaux de notre pays.»
Interrogations et histoires sombres
D’autres se sont interrogés sur l’exclusion de certains groupes autochtones, dont les Métis, du mandat des travaux de la CVR. Et d’autres encore se sont inquiétés de la difficulté que rencontrera la commission pour entendre les témoignages des autochtones qui font maintenant partie des itinérants de nos grandes villes.
Plusieurs se sont rappelés de très lourds souvenirs. «Ils ont brûlé mes vêtements lorsque je suis arrivé au pensionnat», a dit l’un des participants. Une autre se souvient qu’elle ne se faisait pas appeler par son nom, mais plutôt «le numéro six». Elle a ajouté: «Ils nous ont arrachés à nos familles. Ils nous ont enfermés, ils ont fermé la porte et ils ont jeté la clé.»
Les problèmes qui découlent de tout cela aujourd’hui sont nombreux: toxicomanie, alcoolisme, violence conjugale, errance, incapacité des parents à prendre en charge leurs enfants, viol, criminalité, éclatement des communautés, etc.
Rappelons que le premier ministre Stephen Harper s’est officiellement excusé, au nom du Canada, auprès des communautés autochtones, le 11 juin dernier. Au moins 80 000 autochtones sont passés par ces pensionnats.