Les affiches politiques qui semaient jusqu'à récemment la discorde à Beyrouth, jusqu'à déclencher des bagarres en partisans de factions rivales, voire des fusillades, n'ont désormais plus droit de cité dans la capitale libanaise, pour le plus grand soulagement des commerçants de la rue fréquentée d'Al-Maamoun.
Les «posters de la discorde», qui représentaient les dirigeants de factions rivales chiites et sunnites, ont été pour la plupart retirés de la voie publique à la suite d'un accord entre partis politiques concurrents.
La disparition des affiches, qui étaient bien plus nombreuses que les panneaux publicitaires, change le visage de Beyrouth, et réduit les risques de violences dans la ville. Elles avaient provoqué par le passé des affrontements à coups de bâtons et de pierres ou avec d'autres armes plus meurtrières.
Dans le quartier mixte sunnite-chiite de Basta, plusieurs personnes ont été blessées dans des rixes rue Al-Maamoun cette année après qu'un portrait de l'ancien premier ministre assassiné Rafik Hariri et de son fils Saad eut été déchiré. En septembre, deux personnes ont été tuées dans une fusillade entre groupes chrétiens rivaux lors d'un différend au sujet d'une banderole politique dans un village du nord du pays.
«Quel soulagement!», lance Assad Shami, 80 ans, un barbier chiite de Basta, à propos de l'enlèvement des posters. «C'est une mesure positive qui désamorce les tensions et élimine une des causes des affrontements interconfessionnels», renchérit Mohammed Halawani, 55 ans, un épicier sunnite du même quartier.
Les factions chiites et sunnites ont retiré leurs affiches simultanément dans la capitale au début du mois tandis que les graffitis politiques étaient effacés des murs. Des négociations sont en cours pour étendre la mesure à la banlieue de Beyrouth, notamment à la route menant à l'aéroport, et à d'autres régions du pays. Le retrait des affiches controversées s'inscrit dans le cadre des efforts visant à apaiser près de trois ans de tensions politiques et interconfessionnelles qui ont failli faire replonger le Liban dans la guerre civile.
Pour éviter l'embrasement, les partis libanais ont accepté de former un gouvernement d'union nationale et convenu du «désarmement des posters». Toutes les affiches litigieuses n'ont pas encore disparu de Beyrouth, mais pour la première fois depuis des décennies, elles ne sont plus omniprésentes dans les rues de la capitale.
Au pays du Cèdre, une «tradition» veut que l'on placarde sur la voie publique les portraits des dirigeants politiques et des martyrs de son camp. Les affiches représentant les dirigeants des principales factions comme les Hariri, côté sunnite, et Hassan Nasrallah, chef du puissant mouvement chiite du Hezbollah, se trouvaient auparavant partout.
Durant la guerre civile (1975-90), les portraits du défunt président égyptien Gamal Abdel-Nasser, installés par des groupes pan-arabes, côtoyaient à Beyrouth des affiches du président syrien d'alors, Hafez el-Assad, déployées par des agents du renseignement syriens, et des images du chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, affichées avec la bénédiction de groupes palestiniens.
Aujourd'hui, les slogans prêchant l'unité sont à la mode rue Al-Maamoun. «Pas de conflit entre musulmans» et «Oui à l'unité entre musulmans», peut-on lire sur une grande affiche qui a remplacé un portrait des Hariri. Mais à l'approche d'élections législatives prévues dans quelques mois, les vieilles habitudes pourraient bien reprendre le dessus et Beyrouth assister à un retour en force des affiches politiques.