Qu'entendons-nous par «diminution» ? Non, il ne s'agit pas de ce qui se produit sous le maillot de bain des hommes, en eau froide, comme nous l'ont rappelé certains épisodes classiques de l'émission Seinfeld.
Mais un rapide inventaire des effets des changements climatiques sur l'environnement nous permet de voir émerger un thème récurrent : la «diminution». Diminution de nos lacs, de nos forêts, de la calotte glaciaire de l'Arctique, des espèces animales et même du produit intérieur brut mondial.
Kaustuv Roy, auteur d'un article publié dans le magazine Science, traite lui aussi de la diminution des espèces animales, conséquence du réchauffement climatique. Ce terme s'inspire de la règle de Bergmann, voulant que la masse corporelle des espèces animales soit fonction de la latitude. Plus le climat est froid, plus elle s'accroît, alors qu'elle tend à se réduire dans les climats tropicaux.
De telle sorte que plus un animal est corpulent, plus son ratio masse-volume est petit, ce qui lui permet de mieux conserver sa chaleur par temps froid. Inversement, un animal de plus petite taille aura un ratio masse-volume plus grand, ce qui lui permettra de mieux dissiper la chaleur.
Ainsi, le réchauffement de la planète devrait entraîner une diminution de la taille des espèces animales. «En nous basant sur divers travaux, on peut aujourd'hui affirmer qu'il y a un rapport de causalité entre l'environnement, le climat, et la taille des espèces», dit M. Roy, un biologiste de l'Université de la Californie.
LA TAILLE DES MOUTONS
Par exemple, des chercheurs s'étant intéressés à la taille des moutons dans l'île de Hirta, en Écosse, ont été les premiers à établir un lien direct entre la taille d'un animal et les changements climatiques.
Cette étude échelonnée sur 20 ans, dont les résultats ont été récemment publiés dans Science, a démontré que les moutons de plus grande taille supportaient mieux les hivers rigoureux des années 1980.
Mais les hivers s'étant adoucis au fil des ans, l'avantage génétique de la taille a perdu de son importance, ce qui a donné des animaux de plus petite taille et appauvri le phénomène de la sélection naturelle.
L'EXEMPLE DES OISEAUX
M. Roy mentionne aussi l'exemple des oiseaux passériformes en Israël, qui ont subi le même sort en raison du réchauffement climatique. En effet, la masse corporelle des passereaux israéliens a considérablement diminué entre 1950 et 1999, selon une étude israélienne réalisée par l'Université de Tel Aviv. Durant cette période, les températures estivales ont augmenté en moyenne de 0,26 degré centigrade par décennie.
LA TAILLE DES MORUES
Il en va de même pour la taille des morues, qui a également diminué au cours des dernières décennies en raison d'une autre forme de pression, l'exploitation humaine, d'après M. Roy. «Les humains sont très sélectifs. Nous cherchons de préférence les gros poissons.
Avant la rupture des stocks de morue sur les côtes terre-neuviennes en 1992, il y en avait en abondance et elles étaient énormes», affirme le biologiste, qui a vécu et étudié à Terre-Neuve à la fin des années 1980.
Mais depuis la surexploitation des fonds marins, la taille des morues a diminué, une réponse biologique à la surpêche, un phénomène qui s'est produit en l'espace de quelques décennies à peine. «Il est clair que la taille des espèces a diminué en fonction de l'exploitation», précise M. Roy.
Il n'y a pas que la taille et la quantité des espèces qui diminuent, mais leurs habitats s'amenuisent également. En Afrique, la désertification et la sécheresse dans la région du lac Tchad for-cent les agriculteurs à drainer le lac à des fins d'irrigation. En 40 ans seulement, la surface du lac est passée de 25 000 km2 à un maigre 500 km2.
LES FEUX DE FORÊT
Les changements climatiques pourraient entraîner aussi une augmentation des feux de forêt sur toute la planète. Cette année, la calotte glaciaire des eaux de l'Arctique a atteint son second plus bas niveau depuis les premières mesures prises par satellite en 1979. Le record du plus bas niveau a été enregistré l'année dernière.
Les glaciers, dont la taille a toujours augmenté et rétréci dans le temps, fondent à un rythme inquiétant. Selon les données des Nations Unies, sur les 30 glaciers de référence, le taux moyen de fonte et d'amincissement des glaces a doublé entre 2004 et 2006. Alors, n'en déplaise à certains, la taille compte !