À l'aide de chiffres comparatifs qu'il a lui-même colligés à partir d'un document du ministère de l'Éducation, il dénonce «l'écart énorme et inacceptable» qui s'est creusé dans le taux de diplomation des élèves du secondaire entre francophones et anglophones, entre les filles et les garçons et entre les écoles publiques et privées.
Effondrement
Et il en vient à la conclusion que le Québec est actuellement «confronté à une situation scandaleuse, à un formidable gaspillage qui compromet l'avenir, dit-il. Ce n'est plus de ressources ni d'argent qu'il s'agit aujourd'hui, c'est à l'effondrement d'un système auquel nous assistons.»
Dans une entrevue qu'il nous a accordée hier avant de quitter pour l'Europe, Jacques Parizeau a précisé que «celui qui est le plus mal pris, c'est le petit garçon qui va dans le système secondaire public. Sa situation est épouvantable.
«Ce qui m'a le plus frappé dans les chiffres que j'ai analysés, c'est qu'à la Commission scolaire de Montréal, il y a à peine 36 pour cent des garçons qui obtiennent leur diplôme après cinq ans (le temps normal pour l'obtenir) et que même après sept ans, il n'y a pas encore la moitié des garçons qui sont diplômés. C'est à mon sens le chiffre le plus effrayant», estime Jacques Parizeau.
Il met aussi en relief que le taux d'obtention du diplôme du secondaire est incomparable entre le système public et privé. «En 2002, 83 % des élèves du privé ont obtenu leur diplôme, contre 53 % dans le public. Un écart de plus de 30 points, ça n'a pas de bon sens», dit-il.
Jeunes anglophones
Il note également que les jeunes anglophones du Québec qui étudient dans le système public réussissent beaucoup mieux : 67 pour cent de taux de diplomation, contre 37 pour cent chez les francophones. «Ce sont pourtant les mêmes systèmes pédagogiques et les mêmes budgets, dit Jacques Parizeau. Alors, qu'est-il arrivé ? Comment se sont-ils débrouillés pour maintenir une qualité supérieure de l'enseignement? Il faut le savoir.»
L'ancien premier ministre refuse de blâmer un gouvernement ou un autre, péquiste ou libéral. «J'ai consulté plusieurs personnes avant de composer mon texte. Il y a beaucoup de gens qui sont parfaitement au courant de cette situation mais le sujet semble tabou. Il est plus que temps de mettre ce catastrophique problème sur la place publique.»
LES GRANDES DATES
1867
En vertu de la Constitution canadienne de 1867, l'éducation est une compétence exclusive du Québec.
1960
Élection du gouvernement Lesage et début de la Révolution tranquille (1960-1966)
1963
Le rapport Parent, qui a fait état de la situation de l'éducation au Québec dans les années 1960, propose :
- la création d'un ministère de l'Éducation
- la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'à 16 ans
- la création des cégeps
- la formation poussée des enseignants
- l'accès facilité aux universités
1964
Création du ministère de l'Éducation
1967
Création des cégeps
1968
Création de l'Université du Québec
1997
Pauline Marois dépose un énoncé de politique intitulé «L'école, tout un programme»
1998
Début, sous Pauline Marois, du «Renouveau pédagogique»
2000
François Legault met en place le Programme de formation de l'école québécoise (la réforme)
EFFECTIF SCOLAIRE AU QUÉBEC
Préscolaire 79 850
Primaire 467 224
Secondaire 463 346
Collégial 169 199
Universitaire 196 305
Source : Wikipédia, ministère de l'Éducation, estimation des effectifs scolaires en septembre 2008. Recherches : Serge Laplante