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Génocide en Bosnie

Radovan Karadzic arrêté

Associated Press (AP) 
22/07/2008 14h40 - Mise à jour 04/08/2008 14h24

Génocide en Bosnie - Radovan Karadzic arrêté
Radovan Karadzic en 1996 (à gauche) et sur une photo non datée publiée aujourd'hui par un magazine serbe.  
© AP

Radovan Karadzic, dont la présidence serbe a annoncé ce lundi soir l'arrestation en Serbie, échappait à la justice depuis 13 ans. Chef politique des Serbes de Bosnie, accusé avec Slobodan Milosevic du «nettoyage ethnique» qui a fait 260 000 morts et 1,8 million de déplacés durant la guerre de Bosnie de 1992-95, il était en tête des fugitifs les recherchés par le Tribunal pénal international de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie.

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  • Le procureur du TPIY Serge Brammetz a confirmé l'arrestation de Karadzic, intervenue selon la présidence serbe «lors d'une action des services de sécurité serbes». D'après la présidence serbe, il a été présenté devant le tribunal serbe chargé d'instruire les crimes de guerre, procédure juridique indiquant que son extradition devant le TPIY de La Haye, aux Pays-Bas, pourrait intervenir rapidement.

    Radovan Karadzic, psychiatre de formation, né en 1945 dans une famille de paysans pauvres du Monténégro, a été inculpé en 1995 de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour avoir orchestré depuis son fief de Pale, avec son comparse le général Ratko Mladic, le siège de Sarajevo, l'épuration ethnique des musulmans et croates et notamment le massacre de Srebrenica en 1995.

    Pendant ses années de cavale, l'ex-homme fort de la «Republika Srpska» a été signalé dans les montagnes de l'est de la Bosnie, entre monastères orthodoxes et grottes aménagées, mais aussi à Pale, ayant franchi les barrages de l'OTAN pour voir sa femme Ljiljana et ses enfants Sonja et Sasha

    à Pale, ou au Monténégro pour voir sa mère malade. Il aurait même bu un café à Sarajevo...

    A l'époque où il était le maître de Pale, après 1992, le docteur Karadzic, mégalomane flamboyant se piquant de poésie, faisait tourner en bourriques les négociateurs internationaux. Mais Slobodan Milosevic -renversé en 2000 et traduit devant le TPIY à La Haye où il est décédé en 2006 pendant son procès pour génocide- avait fini par le lâcher pour signer les accords de paix de Dayton en 1995.

    Au fil des années, la popularité de Karadzic s'était effritée, même s'il gardait des partisans qui voyaient en lui un symbole de la résistance serbe. Parallèlement, son butin de guerre et d'après-guerre, tiré de trafics divers (alcool, cigarettes, essence, etc.), s'était réduit, de même que sa garde rapprochée. Le changement de la donne politique à Belgrade, dont la priorité est désormais le rapprochement avec l'Union européenne, aura fait le reste.

    L'arrestation de Karadzic «illustre l'engagement du nouveau gouvernement de Belgrade de contribuer à la paix et à la stabilité dans la région des Balkans. Il constitue une étape importante dans la voie du rapprochement de la Serbie avec l'Union européenne», s'est félicitée ce lundi soir dans un communiqué la présidence du Conseil de l'Union européenne.

    Karadzic était entré en politique en 1989, prenant la tête en Bosnie du Parti démocratique serbe de Milosevic. C'est l'heure où le communisme s'effondre et le nationalisme s'empare de la fédération yougoslave. Au printemps 1992, Karadzic, fort du soutien de Belgrade, mobilise les Serbes de Bosnie contre la sécession reconnue internationalement de la Bosnie-Herzégovine, proclamant la «Republika Srpska», avec pour objectif la Grande Serbie.

    Bientôt, les paramilitaires bosno-serbes armés par Belgrade pilonnent Sarajevo et s'emparent de 70% du territoire bosniaque, d'où ils chassent des centaines de milliers de Croates et Musulmans. Une guerre marquée par des atrocités telles que l'Europe n'en avait plus connues depuis la Deuxième Guerre mondiale.

    A partir de 1993, Milosevic prend ses distances d'avec son vassal de Pale. Et en 1995, inculpé par le TPIY, Karadzic a perdu le droit de négocier la fin de la guerre au nom des Serbes. En juillet, avec Mladic, il est inculpé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité: campagne des «snipers» à Sarajevo, bombardements de civils, camps de concentration comme ceux d'Omarska ou Keraterm, prise en otages de Casques bleus, incitation systématique au meurtre, viols, tortures, expulsions, déportations...

    En novembre 95, nouvelle inculpation pour génocide, pour le chapitre le plus atroce de la guerre: le massacre de 8 000 musulmans à Srebrenica après la chute de l'enclave «protégée» par l'ONU.

    En juillet 1996, sous la menace de sanctions internationales, Karadzic cède la présidence à son bras droit, Biljana Plavsic -condamnée en 2003 par le TPIY à onze ans de prison pour crimes de guerre. Il continue de tirer dans l'ombre les ficelles de l'entité serbe de Bosnie mais sa popularité s'effrite, un gouvernement pro-occidental s'installe à Banja Luka, et le président déchu passe en 1996 dans une peu discrète clandestinité, d'où le tire son arrestation lundi soir.

    A Paris, le président de la République Nicolas Sarkozy a appris «avec une vive satisfaction l'arrestation de Radovan Karadzic», selon un communiqué de l'Elysée. «Cette arrestation, longtemps attendue, manifeste clairement la volonté du nouveau gouvernement de Belgrade de rapprocher la Serbie de l'Union européenne, en contribuant à la paix et à la stabilité des Balkans», a ajouté le communiqué.








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