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Grand Corps Malade, alias Fabien Marsaud, est devenu la figure de proue du slam français. |
GRAND CORPS MALADE
Le pouvoir des mots
Philippe Rezzonico
07-10-2008 | 04h00
Une chanson du premier album de Grand Corps
Malade, Midi 20, se nommait Ça va chémar.
Après 600 000 exemplaires vendus, une
tournée sur deux continents et deux trophées
Victoire, on a le goût de dire: ça a marché.
Au bout du fil depuis la France, Grand Corps Malade,
alias Fabien Marsaud, minimise son succès pourtant
bien réel.
«C’est un concept qui est bien parti, avoue-t-il,
mais il va falloir encore se battre, rien n’est acquis.»
Peut-être, mais force est d’admettre que le slam –
cette forme d’art vocal dérivé du rap et du hip-hop –
marié à du verlan (où l’on inverse l’ordre des syllabes)
a fait un bout de chemin depuis que le Français a
pris d’assaut des clubs, des arénas et des festivals de
plus en plus gigantesques.
«Ça demeure très nouveau dans le fond et la forme.
Dix ans, pour une nouvelle forme d’art, ce n’est rien.
Ça vient de démarrer.»
Si le disque et la tournée de Grand Corps Malade
ont fait un tabac en France, ses performances ne sont
pas passées inaperçues chez nous avec des succès
en 2007, lors des FrancoFolies de Montréal, et cette
année, lors du Festival d’été de Québec.
C’est tellement vrai que Grand Corps Malade revient
dans quelques jours pour rien de moins qu’une
tournée de cinq villes au Québec. Si quelqu’un nous
avait dit il y a trois ans qu’il y aurait une performance
de slam à Joliette en 2008, on ne l’aurait pas cru.
«Je suis très étonné de mon succès personnel.
J’aurais je n’aurais imaginé cela, dit Marsaud, mais je
ne suis pas du tout étonné de la popularité du slam.
Contrairement à une idée préconçue, cet art, qui est
une tribune de libre expression, a séduit dès le début
une société mixte et culturelle.»
LA FORCE DE LA PAROLE
«Peu importe si le slam était diffusé dans des petits
bars, on voyait autant des jeunes que des personnes
plus âgées, des gens aisés que des gens à faible revenu
trouver du plaisir dans cet art dont le propre, c’est de
prendre la parole.»
La parution du deuxième disque de Grand Corps
Malade, Enfant de la ville, a confirmé le talent de son
créateur qui a grandi dans la banlieue parisienne de
Saint-Denis, et donné toute la place à ses textes et ses
musiques. Lors de la sortie du premier disque, son
handicap, auquel il doit son nom de scène (il a gardé
des séquelles permanentes d’un accident survenu
dans une piscine), ses origines et son nom avaient
accaparé une partie de l’attention.
«Je débarquais de nulle part, avec une forme d’art
méconnu, et un curieux nom de scène. C’était normal
d’expliquer tout ça et j’ai assumé toutes les questions.
Maintenant, on parle plus des textes et de la musique.»
Et pour son retour chez nous, Grand Corps Malade
nous offrira une exclusivité.
«J’ai écrit une chanson qui se nomme À Montréal,
que je ferai exclusivement dans cette ville.»
– Et pas dans les autres?
«Écoutez, je ne suis pas familier avec toutes les
subtilités du Québec (rires), mais si je chantais à
Marseille une ode sur Paris, ça ne serait pas bien vu.»
- Grand Corps Malade sera en spectacle à:
– Sainte-Foy le 7 octobre
– Laval le 9 octobre (salle André-Mathieu)
– Montréal le 10 octobre (salle Wilfrid-Pelletier)
– Saint-Jean-sur-Richelieu le 11 octobre
– Joliette le 12 octobre
Une musique plus étoffée
Les racines et la réalité sociale sont
encore le lot des compositions de Grand
Corps Malade, mais sa musique est plus
étoffée et le monsieur sait faire preuve
d’autodérision.
«On voulait avoir un enrobage plus riche
pour cet album et avoir plus de latitude au
plan musical (jazz, reggae), mais il fallait
laisser la priorité au texte.»
Pour quelqu’un qui n’a que 31 ans,
Grand Corps Malade fait quelque peu
dans la nostalgie avec des chansons
comme 4 saisons et Rétroviseur.
«Quand j’avais 25 ans, j’avais déjà la
nostalgie de mes 15 ans. Maintenant, je
regarde encore en arrière, mais pas pour
donner le cafard. Plutôt pour parler de
belles choses que j’ai vécues.»
Du côté chance se veut un salut général
à tous ceux qui l’ont soutenu, aidé et
admiré, mais Underground est plus amusante,
dans ce sens que GCM se moque de
la célébrité, une chose avec laquelle il doit
maintenant composer.
«Je l’ai écrite lors de la dernière tournée
et je l’ai offerte, ici et là, au hasard des
spectacles. La réaction était bonne et ça
donne l’occasion de se marrer sur le
showbiz, la vie de star et ses caprices.
Mais je n’ai pas écrit ça pour me justifier»,
conclut-il en riant.