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© Le Journal de Montréal |
Alanis Morissette sera de retour à Montréal le 9 octobre, à la salle Wilfrid-Pelletier. |
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ALANIS MORISSETTE
D’une franchise rafraîchissante
Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
10-10-2008 | 04h00
En 1995, elle criait sa rage avec la chanson
You Oughta Know et l’album
Jagged Little Pill.
Treize ans plus tard, à l’approche de son retour
chez nous, Alanis Morissette est toujours l’une des
artistes qui mettent le plus leurs tripes sur la
table. Conversation sans filet.
À un bout du fil, Alanis Morissette.
Au bout des autres récepteurs,
622 journalistes, au bas mot, qui
essaient de poser des questions
durant l’appel-conférence pour le
marché nord-américain. Et on sursaute,
tant la Canadienne est d’une
franchise rafraîchissante, et parfois
brutale.
Son plus récent disque, Flavors of
Entanglement, qu’elle viendra présenter,
est son meilleur compact
depuis des lustres, un album où elle
parle d’engagement, de vulnérabilité,
de violence et de relations
interpersonnelles.
Avec une élocution ultra-rapide,
Morissette aborde les questions
avec humour, humilité et franchise.
La pression, elle ne connaît pas.
Ou plutôt, elle ne connaît plus.
«Je suppose qu’il y avait de la pression
quand j’écrivais les compositions
de Supposed Former Infatuation
Junkie (la suite de Jagged Little
Pill). Je ne la ressens plus depuis,
parce qu’il est «fantastiquement»
impossible de recréer ce précédent
(30 millions de disques vendus).»
LA HONTE
Morissette fut l’une des auteures
qui ont poussé le plus loin la notion
d’écriture confessionnelle pour les
femmes, couchant sur papier des
états d’âme d’une rare authenticité.
«Pour moi, écrire Jagged Little Pill,
c’était pour amenuiser la honte. En
tant que femme, j’avais honte d’avoir
du pouvoir. J’avais honte d’être une
guerrière. J’avais honte d’être irritée.
J’avais honte d’être vulnérable,
dévastée, moche et repoussée. Pour
moi, en art, il n’y a pas de limites
quand j’écris un poème, ou même,
quand je rédige un courriel. Il y a
une notion non censurée de liberté
de livrer ma pensée sans avoir
honte.»
Et cette approche se veut-elle une
forme de thérapie?
«J’ai cette facilité étonnante
d’écouter ma musique et de prétendre
que je ne connais pas la chanteuse
(rires). Parfois, j’écoute une
chanson écrite il y a huit ans, histoire
d’y trouver une inspiration ou une
forme de validation. L’autre jour, j’ai
réécouté trois fois de suite Sympathetic
Caracter et ça m’a fait du bien.
Mes chansons me soulagent parfois,
mais je ne les écoute pas tout le
temps. Par contre, je peux chanter
bien des chansons d’émotions sur
scène, mais ça n’est pas nécessairement
une forme de thérapie.»
CONTRE LA VIOLENCE
En 2008, l’approche créatrice de
Morissette peut mener à une chanson
comme Versions of Violence,
qu’elle a dédiée au dalaï-lama, même
si elle ne pensait pas à lui lors de sa
création.
«Je voulais souligner toutes les
formes de violence qui peuvent
m’habiter ou affecter les autres. Pas
la violence évidente liée au fait de
frapper quelqu’un, de tirer sur une
personne ou de faire exploser un
pays. Non, plutôt les formes de violence
subtiles, que l’on ne voit parfois
même pas au quotidien, avec nos
maris, nos femmes et nos enfants.»
Expression personnelle
Alanis Morissette a beau parler à
coeur ouvert de ses émotions, elle fait
une distinction nette quant à la vie
privée.
Tous savent que quelques-unes des chansons
de rupture de Flavor of Entanglement
sont liées à sa rupture avec l’acteur Ryan
Reynolds, mais elle laisse le public interpréter
à sa façon.
«J’ai jamais dit de qui je parlais à travers
mes chansons, parce que les compositions
sont nées d’une forme d’expression personnelle.
Donc, avec tout le respect que je
dois à ceux ou celles qui se reconnaissent
dans mes chansons – et ça arrive tout le
temps –, j’écris ces chansons pour moimême,
pas pour les autres.»
N’est-elle pas fatiguée, après tout ce
temps, d’être assimilée à une jeune femme
en colère?
« Si je dois être définie comme étant
unidimensionnelle (rires), c’est un honneur
d’être perçue comme étant en colère,
parce la colère des femmes a été
balayée sous le tapis trop longtemps.
Mais je ne me suis jamais sentie inconfortable
avec ça. Ça me ferait plus mal si
je ne prétendais pas être humaine.
Quand je tente de me présenter comme
étant infaillible, invincible et impénétrable,
je me sens mal, parce que je sais
que ce n’est pas vrai. »