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DUOS ÉMÉRITES, RÉSULTATS MITIGÉS
Charles Aznavour - Duos
Philippe Rezzonico
06-12-2008 | 04h00
On le surnomme le roi de coeur.
On pourrait aussi affubler Charles
Aznavour du titre de roi des duos,
lui qui affectionne ce genre depuis
ses débuts avec Pierre Roche,
durant les années 1940. Aznavour
n’en avait pourtant jamais proposé
autant.
Duos, ce sont 28 chansons enregistrées
sur une période de trois ans avec des pointures
internationales de la pop (Elton
John, Sting, Céline Dion, Julio Iglesias),
de l’art lyrique (Plácido Domingo) et des
géants disparus (Sinatra, Piaf et Dean
Martin).
Un duo, c’est comme un cocktail ou un
mariage vin-repas. La matière peut être
haut de gamme (Aznavour), les mets d’accompagnement
de première qualité (les
invités), certains s’accordent parfaitement
et d’autres vont moins bien ensemble.
Elton John et Sting ont quémandé auprès
d’Aznavour pour chanter en français. Doiton
vraiment préciser qu’Elton (Yesterday
When I Was Young/Hier encore), Sting
(Love is New Everyday/L’amour c’est comme
un jour) et même Carole King (The
Sound of Your Name/Ton nom) sont plus
convaincants en anglais qu’en français?
L’intention est louable, les anglophones
font de leur mieux et rien ne tourne à la
catastrophe, mais cela demeure de l’ordre
de la curiosité.
ÊTRE FIDÈLE À SA LANGUE
Étonnamment, Josh Groban se tire mieux
d’affaire avec La Bohème, pourtant pas une
évidence à interpréter. La bonne idée qui
aurait dû être retenue, c’est de faire comme
pour Je n’ai pas vu le temps passer et Quiet
Love, où les invités (Paul Anka et Liza Minnelli)
partagent la chanson dans leur
langue maternelle. Impeccable.
Évidemment, le mieux, c’est encore
d’avoir des artistes qui s’expriment bien
dans deux langues. Toi et moi/You and Me,
avec Céline, fonctionne bien en dépit des
registres différents; la complémentarité
avec Herbert Gronemeyer (Mes emmerdes)
est évidente; et Dieu que ça marche avec
Johnny, pour une Il faut savoir d’une puissance
électrique démesurée, capable d’illuminer
la tour Eiffel.
Encore mieux, c’est de travailler avec ses
contemporains, vivants ou disparus. Avec
Nana Mouskouri en français (Mourir d’aimer),
et Plácido Domingo en espagnol (El
barco ya se fue), ça coule de source, à peine
moins que pour le duo virtuel avec Piaf
(C’est un gars). Mais la perfection, c’est
avec Sinatra (Young at Heart) et Dean Martin
(Everybody Loves Somebody to Love).
On jurerait qu’Aznavour est face à face
avec les deux légendes disparues. Quand
on pense qu’Aznavour n’a jamais rencontré
Dino, c’est là qu’on réalise qu’un duo, ça
marche à la perfection quand on vient de la
même école.