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Jaleh Chegeni - Ambassadrice de combat

JALEH CHEGENI

Ambassadrice de combat

Par Manon Guilbert
12-10-2008 | 04h00
Dernière modification : 11-10-2008 | 17h24
TROIS-RIVIÈRES — Depuis 21 ans, Jaleh Chegeni vit à Paris. Originaire de l’Iran, elle a élu domicile en France pour des raisons politiques dont elle tait la nature. Sa véritable patrie est «le blanc du papier».


La poésie l’amène à Trois-Rivières pour la deuxième fois. Les organisateurs du Festival, Gaston Bellemare et Maryse Baribeau, sont devenus ses amis. Et les Québécois, ces gens accueillants, ont, selon elle, l’aptitude rare de faire la place à la poésie. «On croirait que pour eux, c’est une deuxième religion!»

Traductrice de poètes français, à la fin de ses études en littérature à la Sorbonne, Jaleh Chegeni a choisi de traduire en français ses poèmes écrits à l’origine en persan.

«On ne devient pas poète, on naît avec cette fibre, dit-elle. Quand j’ai écrit mon premier poème à neuf ans, je ne savais que c’en était un. Pour écrire, il faut l’étonnement de l’instant, peu importe que ce soit positif ou négatif. Étonnement ne rime pas nécessairement avec émerveillement.»


LA PUISSANCE DES MOTS
Jaleh Chegeni fuit la routine. La poésie la blinde contre cet état ennuyeux et stérile. Ses origines iraniennes lui donnent la chance, elle le voit ainsi, d’être publiée en deux langues et de rencontrer un public plus vaste. Elle rejoint les Iraniens de la diaspora et aussi les Français et les francophones.

«Je suis une ambassadrice de combat. Je parle au nom des femmes iraniennes dont la vie, le déplore-t-elle, est désastreuse.

«Je lis mes poèmes devant des publics différents et j’ai cette possibilité d’expliquer les choses. J’essaie d’être objective et neutre, de ne pas être la proie de mes sentiments. J’ai une immense responsabilité qui est celle de publier et j’ai la conviction que la plume est plus forte que tout pour changer le monde. C’est le cheval noir.»

Mère de deux enfants nés à Paris, Jaleh Chegeni s’adresse à leur génération. Élevée dans une autre langue que le persan, se fondant dans la société française, elle a perdu le sens de la langue maternelle. En français, la poète leur en redonne l’essence.

«En Iran, se souvient-elle, la poésie fait partie de la vie alors qu’en France elle est marginalisée. Le poète iranien est considéré comme un grand privilégié et en France, on boude plutôt le genre. Quel grand quotidien publie de la poésie? On utilise plutôt le langage poétique dans les publicités et dans les chansons. La poésie pure, c’est marginal.»


SAUVÉE PAR LA POÉSIE
À cause d’elle, Jaleh Chegeni se sent forte et citoyenne du monde. «Je me sauve moi-même à travers mes poèmes. C’est là que je me purifie et je m’embellis à travers les mots. Ceux-ci, on n’a pas le droit d’en douter, ont un énorme pouvoir et pour cette raison, je les pèse avec un grand soin.»

Pour Jaleh Chegeni, la poésie est une façon de vivre et de faire reculer la violence et l’agressivité. «Nous les poètes, nous essayons naïvement de sauver le monde. C’est innocent. Un Festival de la poésie, admet-elle, c’est un Sommet de la Paix.»

Symphonie de la pluie
Jaleh Chegeni
Éditions Bahman

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