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Truffe - Surréaliste et psychotronique
Le Journal de Montréal
Jean-Nicolas Verreault prête ses traits au bras droit et homme à tout faire de Mme Kinsdale, mystérieuse patronne de la multinationale La Maison des cols.

TRUFFE

Surréaliste et psychotronique

Maxime Demers
Le Journal de Montréal
16-08-2008 | 04h00
Imaginez des cols de fourrure vivants qui étranglent des gens dans un Hochelaga-Maisonneuve postmoderne où les truffes poussent dans le sol comme des champignons sauvages. C’est l’univers surréaliste et délirant qu’a créé Kim Nguyen dans son nouveau film, Truffe, une «comédie psychotronique qui rend hommage aux films de série B».

Hochelaga-Maisonneuve, 2010. Conséquence directe du réchauffement climatique, on retrouve des colonies de truffes partout dans le sol. Au point où Montréal devient rapidement la capitale mondiale de production de truffes.

Cette nouvelle ruée vers l’or donne espoir aux habitants du quartier, qui tentent tous de profiter de la situation, dont Alice (Céline Bonnier) et Charles (Roy Dupuis), un couple propriétaire d’une binerie. Charles se découvrira un talent naturel pour la cueillette de truffes et attirera l’attention de la mystérieuse Mme Kinsdale (Michèle Richard) et de son bras droit (Jean-Nicolas Verreault), les dirigeants d’une curieuse multinationale qui tente de prendre le contrôle du marché des truffes.

Rencontré lundi passé dans un café du Plateau Mont-Royal, Kim Nguyen (Le Marais) éclate de rire quand on lui demande où diable est-il allé pêcher une telle idée…

«J’ai écrit le film en période de rêve. Puis après avoir eu le flash, j’ai travaillé le scénario pendant un an pour inventer un univers surréaliste mais crédible et cohérent aussi. Je ne voulais pas que ce soit totalement n’importe quoi. Je voulais que les symboles soient reliés à une logique. Pas une logique de notre monde, mais une logique malgré tout.»

SURCONSOMMATION

Une partie de cette logique, elle vient de cette menace bien réelle des changements climatiques, qui entraîne, on le voit bien depuis quelques années, des bouleversements naturels de toutes sortes. Mais le réchauffement de la planète n’est pas le sujet principal de Truffe, précise Nguyen.

«Derrière son côté surréaliste et psychotronique, Truffe peut être lu comme une satire sur la surconsommation, souligne le cinéaste de 34 ans, qui, étonnamment, ne se considère pas comme un maniaque de films de série B.

«L’esthétique du film est très série B, mais ce n’est pas une parodie des films de série B, nuance-t-il. Je le vois plus comme un hommage, même si, bizarrement, je n’ai pas une si grande connaissance de films de série B. Mais j’aime le principe qu’un film comme Attack of the Killer Tomatoes existe… Et je peux comprendre le plaisir à tourner ces films où le sang gicle sans arrêt. On a tellement eu d’fun et on a tellement ri en le faisant! À certains moments, c’était carrément jouissif.»

Plus que dans les classiques du genre comme Attack of the Killer Tomatoes, Kim Nguyen dit toutefois avoir puisé son inspiration dans des films de tout genre comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, et Wild at Heart, de David Lynch.

«On a aussi beaucoup regardé The Man Who Wasn’t There, des frères Coen, pour la texture de l’image en noir et blanc, ajoute le réalisateur. On a aussi fait beaucoup de tests pour le noir et blanc et pour les faux ombrages. Nous voulions aller chercher dans l’image un côté rétro années 1950 tout en gardant une facture futuriste.»


Le Journal de Montréal
L’action de Truffe, une comédie psychotronique à tendance série B, est campée dans un Hochelaga-Maisonneuve postmoderne, dans un futur rapproché.

Un projet fou et casse-gueule

Les comédies psychotroniques ou films de série B ne sont pas légion au Québec. Pas surprenant que l’accouchement d’un ovni comme Truffe ne se soit pas fait en claquant des doigts…

Le Journal de Montréal
Céline Bonnier

Kim Nguyen, un fan des univers surréalistes (comme en témoigne aussi son premier long métrage, le drame fantastique Le Marais), a planché pendant trois ans sur le scénario de Truffe avant de réussir à aller chercher l’argent pour compléter son modeste budget (1,2 M$).

Le film, qu’il a également produit lui-même avec sa compagnie, Shen, a été tourné l’été passé, en une vingtaine de jours seulement.

«C’est un projet fou et vraiment casse gueule, mais on s’est dit: Quand aurons-nous encore la chance de courir des risques comme ça et d’y aller à fond? admet-il. Et on est vraiment allés au bout de notre folie. Tellement qu’on riait parfois de nervosité.

«Cela dit, je suis conscient que c’est un essai, un film atypique qui pourrait en dérouter plusieurs. C’est une comédie, mais je suis conscient qu’il y a une part d’ironie et beaucoup d’humour noir qui pourraient être durs à saisir pour certains.

«Le film a fait mouche à sa première projection publique, lors de la soirée d’ouverture du festival Fantasia, mais c’était dès le départ un public gagné d’avance à ce type de film. Mais je sais très bien que ce n’est pas représentatif du public québécois moyen.»

C’est toutefois dans le but avoué d’aller chercher le grand public que Kim Nguyen a rassemblé une distribution «all-star», convainquant les Roy Dupuis, Céline Bonnier, Pierre Lebeau, Jean-Nicolas Verreault, Danielle Proulx et Michèle Richard (eh! oui) de jouer dans son film.

«Je me dis que les gens ont entendu parler du film ou vont en entendre parler grâce à la participation de Roy, Céline et Michèle, avoue Nguyen. Dès le départ, je me suis dit que si on réussissait à convaincre Michèle Richard de rejouer au cinéma pour la première fois depuis La Postière, de Gilles Carle (en 1992), ça allait piquer la curiosité des gens.»

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