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Batman: Le chevalier noir - La dernière carte de Heath Ledger
© LE JOURNAL
Heath Ledger incarne le Joker dans The Dark Knight (Le Chevalier noir)

BATMAN: LE CHEVALIER NOIR

La dernière carte de Heath Ledger

Maxime Demers
Le Journal de Montréal
12-07-2008 | 04h00
Son nom était sur toutes les lèvres et pas seulement parce que son décès tragique confère un caractère mythique à son interprétation du Joker. La vraie raison, c’est que Heath Ledger est la véritable grande vedette de The Dark Knight.

C’est son partenaire de jeu Christian Bale qui a le mieux résumé la situation en cette journée traditionnelle promotionnelle, il y a deux semaines à Los Angeles: «J’aurais tant aimé qu’il soit là aujourd’hui avec nous pour parler du film...» a admis, les yeux baissés, l’interprète de Batman, apparemment encore troublé par le départ subit de Ledger.

Rappelons que The Dark Knight (Le Chevalier noir) passera à l’histoire comme le film dans lequel Heath Ledger aura eu son dernier grand rôle avant sa mort (survenue en janvier dernier à la suite d’une overdose de médicaments). Une performance brillante et troublante qui pourrait, selon beaucoup, lui valoir une nomination aux Oscars l’an prochain.

MACABRE, SOMBRE ET TERRIFIANT

Dans The Dark Knight, Ledger campe donc un Joker cent fois plus macabre, sombre et terrifiant que celui joué par Jack Nicholson dans le Batman de Tim Burton (en 1989). Avec son maquillage déformé, sa démarche lancinante et son comportement ultra-violent et imprévisible, le Joker de Ledger nous glace le sang et nous fait frissonner à chacune de ses présences.

«Ce film est, en quelque sorte, une célébration de son talent», illustre Christian Bale, qui avait déjà côtoyé Ledger sur le plateau de tournage de I’m Not There (dans lequel ils campent tous les deux Bob Dylan à différentes périodes de sa vie).

«Je savais dès le début que Heath voulait offrir un portrait très différent du Joker, mais personne n’aurait pu imaginer qu’il livrerait une performance aussi mémorable, a-t-il ajouté. Son Joker en est un carrément iconique. Il a complètement réinventé le personnage en lui apportant un côté punk-anarchiste- Orange Mécanique terrifiant. Il est tellement bon que ça pourrait causer des problèmes pour la suite. Je vois mal en effet comment Christopher Nolan pourrait trouver un méchant aussi bon dans pour le troisième film...»

C’est Ledger lui-même qui a approché le réalisateur Christopher Nolan pour lui proposer de jouer le Joker. Le nom de l’acteur de Brokeback Mountain ne figurait pas sur la courte liste de candidats potentiels de Nolan.

«Lors de ma première rencontre avec lui, il est arrivé avec énormément d’idées sur comment ce personnage parlait, comment il bougeait, se déplaçait, relate le cinéaste. Il s’était très bien préparé. C’est dans ce premier meeting que j’ai eu avec lui que j’ai su que j’avais mon Joker.

«Dès le départ, Heath voulait faire balancer le côté iconique avec le côté humain du personnage. Il ne voulait pas l’humaniser, mais il voulait montrer le côté humain derrière son aspect démoniaque et terrifiant. Et c’est ce qui fait, je crois, en bout de ligne, la force de son interprétation.»

ÉLECTRIFIANT

Sur le plateau de The Dark Knight, Ledger a impressionné ses pairs par son sérieux, sa concentration et son intensité.

«Tout le long du tournage, il a gardé le Joker très près de lui, raconte Aaron Eckart. Il électrisait le plateau et gardait continuellement le personnage en vie en restant concentré et en se parlant à luimême. Tout le monde le regardait faire et était fasciné par sa façon de travailler. Il était imprévisible comme acteur.»

«Le premier jour que j’ai travaillé avec lui sur le plateau, j’ai su qu’il y avait quelque chose de spécial dans sa performance», a indiqué pour sa part Oldman.

«Parfois, les acteurs s’investissent tellement dans leur personnage qu’ils mettent le doigt sur ce truc spécial qui leur permet de livrer une performance inoubliable. C’était le cas, par exemple, de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou et de Robert De Niro dans Raging Bull. Et je crois que le Joker sera la même chose dans la carrière de Heath.»

DRÔLE ET JOYEUX

Enfin, pour ceux qui croyaient que son personnage du Joker l’avait tourmenté au point de devenir dépressif, sachez que tous gardent le souvenir d’un jeune homme drôle et joyeux.

«Il était bon pour trouver la réalité derrière un personnage, mais aussitôt que la caméra s’éteignait, c’était un gars très simple, de bonne humeur, pas torturé du tout», précise Christopher Nolan.

«Le vrai Heath était loin du Joker. Ça prouvait d’ailleurs à quel point il était un bon acteur, capable de jouer si bien un personnage si différent de lui.»

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