SAGA JURIDIQUE DÉCEVANTE
Flash of Genius
Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
04-10-2008 | 05h00
Woody Allen avait bien raison
lorsqu’il racontait en juillet dernier
qu’un bon scénario est la pierre
d’assise d’un film. «Quoi que
fasse un réalisateur, si bon soit-il,
rien ne pourra le rescaper d’un
échec s’il travaille avec un
mauvais scénario.» C’est en
méditant là-dessus qu’on a vu se
dégonfler l’intrigue de
Flash of
Genious, un drame humain et vécu
malheureusement saboté par un
piètre scénario.
Les vraies histoires touchent la corde
sensible des gens et celle du docteur
Bob Kearns est du genre à émouvoir.
C’est l’histoire d’un inventeur qui s’est
fait voler son idée, son invention : l’essuie-
glace à vitesse variable.
Inventeur du dimanche, ce professeur
d’ingénierie dans un collège de
Detroit met au point à la fin des
années 1960 un moteur permettant le
réglage intermittent des essuie-glaces.
L’industrie de l’automobile est alors
en pleine effervescence et Kearns soumet
son invention au géant Ford.
Certain d’avoir découvert un filon
d’or, l’inventeur tombe de haut lorsque
le géant de l’automobile refuse d’acheter
son invention. Quelques mois plus
tard, Kearns croise un véhicule Ford
sous la pluie. Les essuie-glaces
balaient le pare-brise par
intermittence…
Commence alors une longue saga
juridique qui durera 13 années et brisera
sa famille et l’éloignera de ses six
enfants. Résistant aux propositions
d’entente à l’amiable, Kearns ne se bat
pas pour de l’argent mais plutôt pour
son honneur, Ford refusant toujours de
reconnaître qu’il est bel et bien l’inventeur
de ce système révolutionnaire.
DAVID CONTRE GOLIATH
Ce combat de David contre Goliath
est assumé au grand écran par Greg
Kinnear (Little Miss Sunshine, As
Good as it Gets), qui incarne Kearns, et
par Lauren Graham (Gilmore Girls),
dans le rôle de l’épouse qui appuie son
mari jusqu’au moment où elle juge que
l’entêtement de celui-ci s’est transformé
en paranoïa.
Quel beau sujet humain en perspective,
mais quelle déception à l’écran,
malgré le jeu des principaux acteurs,
dont Alan Alda (M*A*S*H*, The West
Wing) en avocat plus intéressé par l’argent
que motivé par l’éthique. Le litige
se réglera en 1982 devant les tribunaux
où un jury donnera raison à l’inventeur.
Outre le scénario boiteux, le film est
affligé d’une réalisation paresseuse
que Marc Abraham (à son premier
film) étire durant 119 longues minutes
avec des scènes qu’on voit venir de
loin.
Il y aura peut-être une curiosité initiale
de l’auditoire pour ce film, mais le
bouche à oreille devrait se conclure
par un verdict rapide.
Pas un éclair de génie…