GARDEZ LA FOI, LE RIDICULE NE TUE PAS
Religulous
Maxime Demers
Le Journal de Montréal
04-10-2008 | 05h00
Aux États-Unis, en principe, on ne
rigole pas avec la religion et la foi.
C’est pourtant exactement ce que
font l’humoriste Bill Maher et le
réalisateur Larry Charles dans leur
documentaire Religulous.
Bill Maher, c’est cet humoriste et animateur
américain qui sévit depuis plusieurs
années à la télé (dans ses talkshows
irrévérencieux Politically
Incorrect, diffusé à ABC dans les
années 90, et Real Time, présenté à
HBO depuis six ans), après avoir débuté
sur les planches au début des années 80.
Quant à Larry Charles, on le connaît
pour son boulot derrière la caméra dans
Borat, mais aussi pour quelques épisodes
de la défunte série-culte Seinfeld.
Ensemble, Maher et Charles ont parcouru
le monde – du plus creux des
États-Unis à la Terre sainte en Israël –
pour interroger (et narguer subtilement)
des gens liés de près ou de loin à
différentes religions, autant des dirigeants
religieux que de simples
croyants ou des représentants de divers
mouvements religieux.
L’humoriste et le réalisateur ont surtout
concentré leurs efforts sur les religions
catholiques et judaïques (Maher
est moitié juif, moitié catholique mais
100% athée), tout en effleurant la
religion musulmane et même le mormonisme.
L’objectif: tenter de comprendre l’obsession
de la religion et l’importance de
la foi de la vie des gens. Et vous l’aurez
compris simplement en lisant le titre:
Religulous (Relidicule en version française)
tourne au ridicule en démontrant
de façon irrévérencieuse et comique ses
nombreuses absurdités et contradictions.
Et ça marche. Très bien, même.
ACERBE ET IRRÉVÉRENCIEUX
Plus près d’un Michael Moore que
d’un Borat sur le terrain – mais quand
même sans tomber dans les excès et la
mauvaise foi de Moore – Bill Maher
aborde ses entrevues en tentant de
comprendre ses interlocuteurs plutôt
qu’en se moquant bêtement d’eux.
«Je ne fais que poser des questions!»
se défendra-t-il devant un groupe d’immenses
camionneurs fervents catholiques
pas très heureux de sa présence
dans leur petite chapelle routière de la
Caroline du Nord.
Ce qui ne veut pas dire qu’on ne rit
pas. Au contraire, avec son humour pince-
sans-rire et quelques répliques
acerbes savoureuses, Bill Maher touche
la cible à plusieurs reprises. Il faut voir
sa face quand il questionne ce preacher
latino-américain qui croit dur comme
fer qu’il est le descendant de Jésus.
Ou encore, il faut le voir faire dire à un
sénateur de l’Arkansas qu’aucun test
de QI n’était requis pour entrer au
Sénat…
Bref, Bill Maher et Larry Charles ont
dans l’ensemble réussi leur pari. On
leur reprochera toutefois d’avoir évité
la question de l’extrémisme religieux,
mais surtout d’avoir emprunté un peu
trop le ton du sermon dans leur monologue
de conclusion.
Mais Dieu leur pardonnera certainement
ce petit écart de conduite…