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JDM
Beaucoup trop de personnages - Paris
Cote de Canoë
3/5

BEAUCOUP TROP DE PERSONNAGES

Paris

Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
04-10-2008 | 05h00
C’est surtout parce qu’il avait le goût de revenir à la source après avoir tourné un peu partout en Europe que le metteur en scène Cédric Klapisch a écrit et réalisé la comédie dramatique Paris, un film plus sombre et sobre que L’Auberge espagnole et Les Poupées russes.

À en juger par le nombre effarant de personnages qui se suivent, se croisent et se frottent durant 130 minutes, on peut penser qu’il a tourné Paris chaque jour à l’heure de pointe. D’où la circulation bouchonnée par l’implication d’individus mêlés ou pas à l’intrigue principale et que vient aggraver une multiplication de thèmes plutôt superficiels.

Pierre et Élise (Romain Duris et Juliette Binoche), le frère et sa soeur, sont interpellés par une réalité de la vie: à défaut d’un nouveau coeur, Pierre mourra dans les mois à venir. Sa soeur emménage donc chez lui pour l’aider. Premier thème: la maladie.

Au coin de la rue, madame Mayard (Karin Viard) trône derrière le comptoir de sa boulangerie de quartier. De sa voix haut perchée, elle accueille (trop) aimablement sa clientèle de souche entre deux jets de sa langue de vipère à l’endroit des immigrants. Le racisme se met à table sous le couvert de ce thème.

AMOUR, DÉLICE ET MODE

Tiens, nous voilà en Afrique, où un Camerounais vient de perdre son emploi. Peu après, il reçoit une carte postale de son frère qui l’invite à venir le rejoindre à Paris. On aura le temps, en 130 minutes, de revenir sur le long trajet qu’il entreprend.

C’est le thème de Paris, terre promise. Pendant ce temps à la Sorbonne, le professeur Roland Verneuil (Fabrice Luchini) accepte d’animer à la télévision une série racontant l’histoire de Paris. Ce thème de Paris ville historique s’accompagne de scènes de la vie quotidienne dans les quartiers de la Ville lumière.

Paris, capitale de la mode, est aussi évoqué par Klapisch qui envoie des mannequins batifoler dans des entrepôts de viande. Pas vraiment ragoûtant…

L’amour occupe évidemment une place de choix dans cette histoire qui s’entremêle et où chacun passe en coup de vent dans la vie de Pierre, le faire-valoir de cette trame puisque pendant qu’il se demande s’il va mourir, il en profite pour poser un regard bien personnel et tout nouveau sur tous les gens qu’il croise.

UN CARREFOUR ENCOMBRÉ

Ce thème sert de courroie pour lier tous les personnages. Pierre reluque de sa fenêtre la jolie voisine d’en face, cette même Laetitia (Mélanie Laurent) qui réveille le démon du midi et la libido du prof d’histoire. Élise succombe au charme de Jean (Albert Dupontel), le maraîcher du marché dont l’ex-femme Caroline (Julie Ferrier) fait les yeux doux à la ronde.

Alors voilà ce Paris un peu désarmant, point de chute d’un danseur agonisant, de maraîchers pas toujours frais du jour, d’une assistante sociale dévouée, d’une boulangère à deux faces, d’un architecte incompris, d’un prof libidineux, d’une mannequin insatisfaite, d’un sans-abri découragé, d’une étudiante à l’école de l’amour et d’un immigrant clandestin.

Une intrigue plutôt mince dans ce tourbillon de la vie qui a tout de même le mérite de nous faire revoir (ou découvrir) d’intimes quartiers de la capitale française.