SEPT ANNÉES DE MALHEUR
Mirrors (Miroirs)
par Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
23-08-2008 | 04h00
Avec Haute Tension et The Hills
Have Eyes, Alexandre Aja a
réussi à se tailler une place de
choix dans le coeur des
aficionados de films d’horreur.
Mais plutôt que de compléter
le tour du chapeau avec
Mirrors, il vient de se mettre à
dos des légions de fans avec
une oeuvre nettement
inférieure à ce à quoi il les a
habitués.
L’idée de départ en faisait déjà
sourciller plus d’un: une force
maléfique utilise les miroirs pour
traverser dans notre dimension.
Mais les fans d’Alexandre Aja lui
ont tout de même accordé le bénéfice
du doute. Après tout, il était
entré en trombe sur la scène internationale
en 2003 avec Haute Tension,
film au propos on ne peut plus
audacieux. Avec son adroit mélange
de suspense et de violence graphique,
il est devenu la sensation de
l’heure dans le domaine.
Puis, trois années ont passé avant
qu’il rapplique avec The Hills Have
Eyes, relecture du classique de Wes
Craven. Certains ont même été jusqu’à
affirmer que la nouvelle mouture
surpassait l’originale.
La barre était donc haute pour
Mirrors. Très haute, même. C’est
probablement ce qui accentue la
déception que suscite ce troisième
opus d’Alexandre Aja destiné au
marché international.
Kiefer Sutherland y devient donc
un policier suspendu de son emploi
après qu’un accident de travail lui
fit commettre l’erreur de loger une
balle dans son partenaire. Il
déniche donc un emploi comme
gardien de nuit dans un immeuble
désaffecté après qu’un incendie l’a
ravagé.
C’est au cours d’une de ses rondes
qu’il découvre qu’une entité maléfique
loge dans les miroirs, qui
deviennent sous son emprise une
vitrine vers notre monde. Il devra
mener sa propre enquête afin de
sauver sa famille, nouvelle cible du
fléau.
Le problème majeur de Mirrors
est son inégalité. Certaines scènes
font frissonner, tandis que d’autres
sont d’un ennui mortel. Ce développement
en dents de scie joue avec
les nerfs des spectateurs, dont l’intérêt
tombe en chute libre.
Résolument moins sanglant que
les Haute Tension et The Hills Have
Eyes, ce nouveau film marque une
rupture avec la marque de commerce
d’Alexandre Aja. Toujours avec
l’aide de son complice Grégory
Levasseur, le cinéaste a fignolé un
scénario beaucoup trop compliqué,
alourdi par les détails superflus.
Il faut tout de même souligner certaines
scènes à couper le souffle.
Les scènes de meurtre réjouiront
les amateurs d’horreur par leur
ingéniosité et leur efficacité. La
désormais célèbre scène présentée
en bande-annonce durant laquelle
Amy Smart se déchire la mâchoire
avec les mains ne décevra pas dans
son intégralité.
Bref, plusieurs bonnes idées, mais
souvent mal menées à terme. À force
de briser des miroirs, Alexandre
Aja semble s’être attiré la guigne.
Devrons-nous attendre la fin de ses
sept années de malheur avant de
retrouver un Alexandre Aja au
sommet de son art?