QUAND LA MANNE PAPALE NE PASSE PASLes Toilettes du Papepar Daniel Rioux Le Journal de Montréal 19-07-2008 | 04h00
Le film Les Toilettes du pape porte un titre qui incite à la badinerie, mais la réalité qui se cache derrière l’image loufoque qu’il évoque force la retenue. Il y a bien sûr une toilette dans le portrait, mais ce qui s’en dégage surtout, ce sont les espoirs brisés et les rêves anéantis d’une communauté. Le scénariste brésilien Enrique Fernandez a saisi une anecdote d’enfance qu’il a accolée à une page d’histoire - la visite du pape Jean-Paul II en Uruguay, en mai 1988 - pour en faire le noeud de ce drame. Autant le dire tout de suite, les pauvres villageois de Melo n’avaient pas le pontife en «odeur de sainteté» au terme de l’escale papale dans leur bled. Ils avaient imaginé profiter de la manne providentielle, mais c’est encore plus appauvris et désespérés que jamais qu’ils ont poursuivi leur chemin de croix après son départ. À Melo, un hameau à la frontière brésilienne, les gens survivent laborieusement de la contrebande à deux sous, franchissant la frontière sur des vélos déglingués pour rapporter et revendre avec un mince profit les objets usuels les plus courants. Beto est l’un d’eux et l’anecdote d’enfance du scénariste, qui s’est souvenu d’un voisin maigrelet, devient le faire-valoir de son personnage. Les Toilettes du Pape
À quelques jours de l’arrivée du pape, la fébrilité gagne les gens. Quoique très religieux, ils font presque un pacte avec le diable en apprenant à la télévision que des milliers de Brésiliens viendront à Melo pour voir l’illustre visiteur. Ce qui annonce des milliers de pèlerins en quête de nourriture, de boissons, de drapeaux, de médailles et de souvenirs de pacotille. Après mûre réflexion, Beto croit avoir trouvé l’idée du siècle: il construira une toilette publique pour accommoder tout ce beau monde, qu’il soulagera en retour de quelques pesos. Alors que les uns et les autres empruntent à gauche et à droite ou vendent même leur masure pour s’improviser commerçants d’un jour, Beto s’acoquine avec le douanier en chef pour franchir plus facilement la frontière. Un bloc de ciment par-ci par-là, un bout de tuyau, une porte et finalement au jour J, Beto arrive à bout de souffle avec son bol de toilette de contrebande. Au même moment s’écroulent tous les châteaux en Espagne que chacun avait imaginé. Aucune bousculade devant les 387 étals de fortune. Le pape a passé comme une flèche et les pèlerins ne sont pas venus. Selon les faits réels, il y eut ce 8 mai 1988 à Melo 400 visiteurs... Ce film du réalisateur Cesar Charlone a opéré sa magie sur le circuit international des festivals et séduira les cinéphiles irréductibles du film d’auteur. Les personnages, bien campés et interprétés, s’abandonnent dans cette intrigue qui exprime les espoirs et frustrations d’une communauté - et d’une famille, celle de Beto - dont le rêve d’une vie meilleure a été... flushé. |