MARY POPPINS PÈTE LES PLOMBS
Keeping Mum (Secrets de famille)
Michel Therrien
29-09-2006 | 09h59
Dans la pure veine de la vieille tradition des films britanniques qui combinent macabre et humour, Secrets de famille fera sans doute plaisir aux amateurs de comédies noires, sans toutefois leur faire oublier les grands succès du genre dont ils ont pu se régaler dans le passé avec des classiques tels The Ladykillers, To Die For ou American Psycho.
Si ce n'était du fait qu'on avait présenté une prémisse teintée de mystère, Secrets de famille aurait pu s'annoncer comme une simple comédie de situation dans laquelle se seraient débattus quelques sympathiques personnages stéréotypés.
C'est que dans le récit qu'il a concocté avec son coscénariste Richard Russo, le réalisateur Niall Johnson nous propose un pastiché pasteur (Rowan Atkinson) obnubilé par sa paroisse et ses sermons, son épouse (Kristin Scott Thomas) qui préfère se faire «driver» par son fringant prof de golf (Patrick Swayze), sa fille nymphomane (Tamsin Egerton) et son fils (Toby Parkes), victime de persécution répétée à l'école.
Il faudra attendre l'arrivée de la nouvelle gouvernante, Grace (Maggie Smith), pour que l'univers de la petite famille soit tout à coup chamboulé. C'est que depuis qu'elle a déposé son étrange valise dans la chambre qu'on a aménagée pour elle, le chien du voisin a cessé d'aboyer à tout rompre, le jeune fils n'est plus harcelé par ses détracteurs et l'amour semble renaître entre le pasteur et sa femme. Mais si ce n'était que ça...
L'heure du thé anglais
Rappelant le ton tragico-comique du Family Plot d'Alfred Hitchcock et les adaptations cinématographiques légères et enjouées de l'oeuvre d'Agatha Christie (du genre Death on the Nile), Secrets de famille ne profite malheureusement pas de rebondissements ou de grandes surprises. Même que le cinéphile un peu futé aura sans doute élucidé le grand mystère qui sera dévoilé par les auteurs dans la grande finale du troisième acte de leur scénario.
Si Secrets de famille manque parfois de punch, il réussit néanmoins à nous amuser grâce à des dialogues souvent savoureux servis par une distribution de haut niveau.
Sortir de son registre
Alors qu'ils auraient pu se laisser guider par les instincts qui leur ont permis de se faire un nom et une personnalité dans le milieu, Rowan Atkinson et Maggie Smith sont parvenus à jouer la retenue.
Le premier, devenu célèbre pour ses mille expressions faciales, joue la réserve afin d'offrir un vicaire tourmenté qui n'a pas besoin de s'enfarger dans les fleurs du tapis pour qu'on apprécie la justesse de son jeu. Quant à Maggie Smith, elle compose une amusante et troublante gouvernante dont le croisement entre Mary Poppins, Nanny McPhee et Norman Bates est fascinant. Et alors que la jeune Tamsin Egerton charme la caméra avec succès, Kristin Scott Thomas continue de faire ce qu'elle fait de mieux depuis qu'elle a commencé dans le métier.
Bref, s'il profite du talent de ses acteurs et de ses techniciens qui ont offert du style à son film, Johnson aurait dû aller plus loin dans l'élaboration de son scénario afin de pousser plus loin la farce comme dans Serial Mom de John Waters, mais la farce, il faut en connaître la recette.