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Notre critique - Le Dahlia noir
Cote de Canoë
3.5/5

NOTRE CRITIQUE

Le Dahlia noir

Vu et commenté par Antoine Godin
16-09-2006 | 15h30
La boxe, le jazz, la mafia et tout ce qui caractérise les années trente et quarante dans l'imaginaire collectif américain n'a pas fini d'inspirer les artisans du cinéma. À preuve le film noir aux couleurs du 21e siècle intitulé The Black Dahlia (Le Dahlia noir) et réalisé par Brian De Palma.

À plusieurs égards, le film rappelle les classiques du genre comme The Maltese Falcon, The Big Sleep et Sunset Blvd. Le rythme lent, la voix off, l'obscurité omniprésente, les nombreuses scènes nocturnes, les contrastes amplifiés, les femmes sophistiquées blondes et noires, l'infidélité, la femme fatale, la somptuosité de certains décors, l'opulence de la famille riche, les personnages déchus, les années 40, la boxe, la corruption sont autant d'éléments nous indiquant rapidement que De Palma puise dans le riche répertoire américain du film noir et de suspense.

En choisissant les années 40, l'univers de son oeuvre demeure assez près du film noir classique si on le compare à ceux de Blade Runner ou de Dark City. Trop près même. Outre l'agréable sentiment éprouvé en replongeant au coeur de cette forme de cinéma, à bien y réfléchir on ne voit pas vraiment en quoi l'utilisation du genre vient appuyer ou renforcer une réflexion quelconque. Au plan formel, rien de nouveau non plus. Alors quoi, encore un film juste pour se divertir?

Évidemment, De Palma manipule le genre à sa façon en enrobant le film de sauce moderne light. Loin du personnage cynique et désabusé cachant un lourd passé, l'innocent et altruiste détective Dwight «Bucky» Beichert (Josh Hartnett) se retrouve devant une situation complexe et tordue qui l'accule à des prises de décisions fatales. Goût du jour oblige, on nous sert bien entendu la dose de sexe, de violence et de langage cru qui sied à notre époque. Autre élément important pour satisfaire le grand public et qui se distingue du film noir typique – attention je dévoile ici la fin – le film se termine sur une note optimiste.

Le scénario compliqué ne rachète en rien cette magnifique reproduction creuse. Durant les trente dernières minutes de la projection, on se demande même à certains moments si le film ne va pas tout simplement se terminer dans un imbroglio, laissant le spectateur transpirant de confusion et de perplexité à savoir si son intelligence ne l'aurait pas tout simplement déserté. Suite à une série de scènes brèves et explicatives, le spectateur comprend enfin que les scénaristes ont tout fait en leur pouvoir pour empêcher les petits futés de deviner la fin. Chapeau pour ce tour de force qui rend ce film tout sauf prévisible, mais l'exercice relevait-il davantage du pur défi que de l'utilité?

Loin de constituer une expérience totalement amère, le film mettant en vedette les séduisantes Scarlett Johansson, Hilary Swank et Mia Kirshner propose une belle esthétique et une tension soutenue. La seule question irrésolue depuis quelque temps est la suivante: est-ce que Brian De Palma a quelque chose à dire?