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© PHOTO LE JOURNAL – JEAN-LUC BARMAVERAIN |
Vincent-Guillaume Otis met en scène All We Can Handle, un texte d’Andrew Dainoff
rebaptisé Ceux que l’on porte. |
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CEUX QUE L’ON PORTE
Une réponse à la tragédie du 11 septembre
Claudia Larochelle
14-10-2008 | 04h00
Le texte d’Andrew Dainoff a parlé
d’emblée à Vincent-Guillaume
Otis. Il lui a parlé d’ombre et de
lumière, de rédemption, de deuil
et de la pudeur des sentiments.
Avec Ceux que l’on porte,
traduction de All We Can Handle,
l’auteur américain met en scène
un sujet imposant qui décrypte un
peu une tragédie et beaucoup les
comportements humains.
La Route de Cormac McCarthy, Les
Enfants de l’empereur de Claire Messud,
Windows on the World de Frederic
Begbeder, 11 Septembre mon amour de
Luc Lang Stock font partie des oeuvres
qui ont abordé à leur façon la tragédie
des événements du 11 septembre 2001.
Certains de ces romans l’ont fait avec
doigté, d’autres avec frustration,
regrets, tristesse ou méfiance.
All We Can Handle de Dainoff a pour
sa part été écrit pour donner un peu de
sens au monde, comme une réponse au
drame et à la mort de gens aimés.
Cette pièce a été produite pour la première
fois au New Stage Collective de Cincinnati
en 2006. Montréal la fait renaître,
en français sous la plume de David
Laurin. Pas New York. La Grosse Pomme
ne s’est pas encore montrée intéressée.
La plaie, comme Ground Zero,
reste béante. Même l’art ne réussit pas
encore à en colmater une brèche.
De son côté, Vincent-Guillaume Otis a
été charmé par ce texte qui tombait à
point dans sa vie.
PUDEUR DES SENTIMENTS
Non seulement les mots de Dainoff lui
rappelaient cette journée noire du
11 septembre alors qu’étudiant à l’École
nationale de théâtre il a ressenti un profond
malaise quand il a appris la nouvelle
à la sortie de son cours de chant
choral, mais ils l’ont aussi beaucoup
touché comme artiste et être sensible,
fin observateur du monde qui l’entoure.
«Il y a cette pudeur des sentiments
dans ce qu’il a écrit. Le souci de ne pas
trop donner d’informations aux gens,
ne pas trop se révéler, leur laisser leur
part d’interprétation et cette petite
gêne qu’il faut se garder», confie Vincent-
Guillaume Otis.
Autour de ces événements qui servent
plutôt de tremplin à l’histoire, il y a le
personnage de David qui quitte Los
Angeles pour New York, ville où les
choses se placeront peut-être pour lui,
ville où il aime sa Sally, où tout semble
tout à coup possible. Jusqu’à ce que
deux avions frappent les tours
jumelles… Tout s’écroule, y compris
son amour pour Sally perdue à jamais
dans les débris.
L’ORDRE DES CHOSES
Atterré devant le cadavre de ses
repères affectifs, seul devant les restes
de ses projets, ne lui reste plus qu’à
tâter le pouls du nouvel ordre des
choses, des nouveaux effets de l’Amérique
qui changent son paysage. Le
choc et ses tentacules marqueront son
parcours.
Vincent-Guillaume Otis était stagiaire
à la mise en scène au Théâtre PÀP l’an
dernier quand il a pris ce texte sous son
aile, intégrant à la pièce deux musiciens
pour représenter l’univers très sonore
du héros.
Le metteur en scène, que le public verra
sur grand écran dans le rôle-titre de
Babine, de Luc Picard, insiste aussi
pour dire que Ceux que l’on porte tend
plus du côté du témoignage que du brûlot
politique, que l’événement appartient
désormais à tout le monde, interprété
par des sensibilités et un vécu
différent.