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André Sauvé - Une minute à la fois
© PHOTO LE JOURNAL – PABLO DURAND
André Sauvé

ANDRÉ SAUVÉ

Une minute à la fois

Pascale Lévesque
05-10-2008 | 04h00

La mode est au iPhone, aux teintes violettes et aux voitures hybrides. Mais en humour, la grosse tendance qui s’imposera cet automne s’appelle André Sauvé.

À 42 ans, le fou frisé de 3 600 Secondes d’extase arrive avec son premier spectacle solo, un cocktail de ses névroses, angoisses et troubles obsessifs à prendre sans modération.

Un premier one-man-show est une étape éprouvante pour n’importe quel humoriste. Dans le cas d’André Sauvé, on peut dire que ses nerfs ont trouvé l’exercice carrément périlleux.

«Tu sais que l’angoisse t’attend dans les coulisses…», dit-il, attablé au fond du restaurant Seingalt, propriété de son mentor Yvon Deschamps.

L’humoriste déjà filiforme a même réussi à perdre du poids au cours du processus de création de son spectacle et son rodage à Magog cet été. Cette fois, à quelques jours de sa première, c’est la voix qu’il perdait.

«Je vais devoir te chuchoter mes réponses», soupire-t-il, avant d’expliquer qu’un médecin allait s’occuper de son cas au fil de la journée.¸

TOUT À APPRIVOISER

Naturellement névrosé, le singulier humoriste à la crinière démesurément frisée avait beaucoup d’inconnu à apprivoiser. À commencer par la présence sur scène.

Habitué à faire un numéro de temps à autre, il allait devoir livrer une performance d’une heure cinquante, tout en tenant le public accroché à ses lèvres et ses mimiques.

Dirigé par Pierre Bernard (ancien directeur du théâtre de Quat’sous et prof à l’École nationale), il a accompli son défi une minute à la fois.

«J’avais 20 minutes à jouer et je me demandais comment j’allais faire. Puis j’ai réussi à faire 25 shows de suite cet été», raconte André, premier surpris d’avoir franchi cette barre.

Surpris aussi de la réponse, excellente, du public cet été. «Il est beaucoup plus ouvert que je ne le croyais. J’étais fasciné de le voir aussi varié», décrit-il.

On savait déjà qu’André faisait l’unanimité parmi ses pairs, qu’en plus d’Yvon Deschamps, avec qui il partage son gérant, il compte aussi Marc Labrèche dans ses inconditionnels. ce qu’on appelle «l’humour d’humoriste», soit celui qui plaît particulièrement aux gens du métier, a toujours du mal à charmer le public.

«En même temps, j’ai grandi avec Pop Citrouille et La Fricassée, des émissions complètement folles. Tout le monde adorait ça! Pourquoi les gens seraient-ils moins ouverts à quelque chose de plus éclaté aujourd’hui?» demande-t-il.

Il semblerait que le singulier personnage plaise autant au public qu’aux artistes parce que ses billets trouvent vite preneur: des supplémentaires ont même été ajoutées à Montréal.

En même temps, les gens se reconnaissent peut-être dans ses névroses. Dans le lot des numéros qu’il présentera, dont celui du poème de Nelligan et La Confusion, c’est L’Épicerie qui fait le plus réagir.

«C’est aussi celui qui rassemble le plus d’angoisses et de névroses. Il accroche bien, c’est un numéro assez central. Je l’aime particulièrement parce qu’il me fait du bien à moi aussi. Il y a un côté ça guérit», raconte André.

UN REMÈDE «PANSANT»

L’humoriste proposera aussi un numéro «très physique» sur un sofa qui «est né d’une erreur» et qu’il adore faire pour surprendre le spectateur.

«J’ai apprivoisé la scène, ça reste stressant, mais le plaisir est finalement embarqué», confie-t-il.

Un remède qu’il qualifie même de «pansant», d’autant plus qu’André n’est pas habitué d’être au centre de l’attention. «Le côté exploratoire de la création d’un show me stimulait, mais c’était éprouvant d’être toujours le point de mire, celui sur qui la dernière décision repose», explique-t-il.

Son magnifique personnage de scène, puisé directement dans ses propres angoisses et névroses, demeure pas très loin de lui, et malgré qu’il se qualifie de loner, André Sauvé apprécie de plus en plus cette popularité qu’il n’a pas vraiment souhaitée.

De toute façon, si l’humour lui faisait un pied de nez, il pourrait facilement s’accommoder d’élever des moutons. «Déjà rasés de préférence. Ça m’occuperait encore moins et je pourrais m’abandonner à l’oisiveté», rêvasse la découverte de l’année au dernier gala Les Olivier.

Après avoir été mime, danseur et prof de danse classique de l’Inde, puis humoriste depuis trois ans et demi, ses pensées seront toujours son ultime refuge. «Cibole, pourquoi tout est toujours plus beau dans ma tête?» se demande André Sauvé, en citant les écrits de Michel Tremblay.

Dans quel état d’esprit faudra-t-il être pour apprécier son spectacle? «Quand je vais voir un film ou un show, j’aime ne pas avoir de tiroir préouvert dans ma tête. Quand j’en reviens, j’ai un tout nouveau compartiment», décrit-il. N’est-ce pas là une bonne façon d’aborder ce spécimen unique?

  • André Sauvé, au Monument-National du 6 au 11 octobre et du 12 au 15 novembre. Pour découvrir la bête, rendez-vous sur son site Web à l’adresse www.hahaha.com/andresauve

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