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LE RETOUR

Laideur et cruauté du genre humain dans toute leur splendeur

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
10-11-2008 | 10h33
Le Retour, de Harold Pinter, est une petite bombe qui explose au TNM, laissant sur son passage une bouillie de chair rouge que se plairont à regarder ceux qui aiment les dérapages, l'absurde qui fait crisser des dents et l'ambiguïté inconfortable des situations de la vie courante. On adore ou on déteste.

Les familles dysfonctionnelles sont à l'honneur sur nos planches ces jours-ci. Pendant qu'on révèle chez Duceppe les rapports tordus entre une partie des membres de la dynastie des Plantagenêt dans Le Lion en hiver, dans laquelle les trois fils d'Henri II et d'Aliénor d'Aquitaine se disputent le trône, se lançant dans une série de mesquineries, voici que juste en face, au TNM, trois autres fils d'un père tout aussi tortionnaire établissent entre eux des liens malsains dans Le Retour, d'un Pinter très provocateur.

Le célèbre dramaturge anglais, qui a rejeté avec ses oeuvres le glacis de politesse qui paralysait le théâtre britannique du milieu du siècle dernier pour créer une dramaturgie faite de petits coups de poignard, à la fois grossière et déstabilisante, vient jouer sans vergogne dans les bibites, dénonçant subtilement la laideur et la cruauté du genre humain. Certes, si pour certains le théâtre pinterien dérange, pour d'autres, c'est le plein délire, la liberté de voir enfin exposées nos pires bassesses ou celles des autres, d'en rire en choeur pour désamorcer la complexité des réactions humaines.

Cocktail Molotov

Quand ces comportements surviennent sous un toit anglais où habitent une brute vieillissante et cruelle appelée Max, son frère Sam, un écorché de chauffeur privé, et les trois fils de Max, Lenny, Joey et l'aîné, Teddy, au retour au bercail de ce dernier avec Ruth, son épouse, ils font l'effet d'un cocktail Molotov déroutant mais charmant à qui sait apprécier la charge absurde de l'affaire.

Sordide, amoralités, perversités ressortent de la plupart des dialogues du Retour. Comme si chaque mot prononcé, chaque geste fait soulevait des pierres sous lesquelles grouille ce qu'on déguise, qu'on n'ose pas exprimer, de peur de choquer. Bien sûr qu'il peut choquer, ce vieux Max qui traite la femme de son aîné de putain. Bien sûr que cette jeune mère de famille qui semble sortir tout droit d'un film de Hitchcock fait réagir avec son détachement quasi névrotique et ses pulsions... Quant aux fils, on ne sait jamais trop de quelle façon ils s'apprêtent à réagir, exprimant tout haut ce qui ne se dit pas, étant peut-être les porte-parole de notre conscience tordue.

Des yeux fous

Vous êtes capable d'autodérision? Vous craquerez non seulement pour la traduction impeccable de René Gingras faite de toutes sortes de subtilités, mais aussi pour cette mise en scène d'Yves Desgagnés qu'on observe comme un film ou un tableau -savamment organisé dans un décor de Martin Ferland -, entrecoupée de transitions savoureuses d'où émane le suspense. Les acteurs saisissent bien cet univers, ne quittent pas ce petit regard un peu fou que le public saura déceler dans leur oeil. On salue aussi le travail de pionniers du théâtre comme Benoît Girard et Marcel Sabourin, capables de verser dans le tragique ou dans le burlesque l'instant d'après, de rester crédibles toujours dans l'univers de cet antipathique Pinter qui démasque l'humanité. Hi! hi! hi! À vos risques et périls.

  • Le Retour, de Harold Pinter, mise en scène d'Yves Desgagnés. Avec Benoît Girard, Noémie Godin-Vigneau, Jean-François Pichette, Hubert Proulx, Patrice Robitaille et Marcel Sabourin. Au TNM jusqu'au 29 novembre.
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