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LE LION EN HIVER
Envoûtant, mordant, un pur délice
Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
07-11-2008 | 11h42
Quête de pouvoir absolu, écartèlement familial, trahisons où se côtoient amour et haine constituent l'essence de la pièce
Le Lion en hiver, de James Goldman, mise en scène chez Duceppe à travers un flot de rugissements efficaces.
Derrière ce lion qui rugit, le roi Henri II Plantagenêt, il y a sa femme Aliénor d'Aquitaine. Tout simplement craquante. Délicieuse dans ses travers, dans ses succulentes répliques assassines, son cynisme incroyablement bien modulé. On aime d'emblée cette femme forte et sensible à la fois, touchante même si antipathique et déroutante d'intelligence. Pas étonnant que le roi s'en soit toujours un peu méfié, qu'il lui ait parfois préféré des nymphettes avec pas mal moins de panache. C'est surtout ce personnage qui vole la vedette de cette histoire imaginée à partir d'événements réels par l'auteur américain James Goldman et créée en 1966 à Broadway avec Katharine Hepburn et Peter O'Toole.
Couple mythique
Cette fois chez nous, c'est Monique Miller et Michel Dumont qui s'échangent des répliques mordantes dans ces rôles forts qu'ils rendent avec leur envergure habituelle, présentant toutes les couleurs de ces êtres peu banals, jamais uniformes. Ils nous transportent, entourés de leurs trois garçons affamés de pouvoir à Chinon, au château du roi, durant les festivités du Noël de l'an 1183. Les fils Richard et Jean se disputent l'éventuel héritage du trône. Des partis se forment au sein de cette inquiétante famille dysfonctionnelle. Aliénor mise tout sur le premier alors que le roi lui préfère le second, le bébé de la famille, naïf et maladroit. La reine qui sort de prison de façon ponctuelle n'a plus rien à perdre et mise le tout pour le tout, allant jusqu'à s'engager dans une lutte féroce et passionnée pour arriver à ses fins.
Ses stratégies, celles des autres membres de la famille aussi, qui ont tous leurs avantages à tirer de cette passation des pouvoirs, ne se font pas sans mesquineries, sans envies de mort, secrets mal gardés et crises d'ego. Une famille complètement déroutante en somme, faite d'êtres qu'on se plaît à détester. Chaque fois, cette Aliénor nous envoûte. Ce qu'elle a dû faire jaser à l'époque avec ses manques de retenue, son audace qui l'incitait à rester elle-même, marginale et flamboyante! Celle qui a eu dix enfants et qui montait encore à cheval à 78 ans surprend encore, jouée par des actrices qui peuvent assumer tout ça.
Délicieuse suspension
Dans un décor construit sur deux étages par Pierre Labonté et des costumes somptueux créés par François Barbeau, des vagues d'humour noir nous happent. Un pur délice sur lequel on aurait pu miser davantage encore, teintés d'instants silencieux où seuls les corps et les visages s'expriment pour laisser les der niers mots en suspens, si forts, si sentis. Parce qu'avec autant de dialogues tissés serré, de phrases succulentes comme des perles à noter dans un car net, il faut aussi respirer, méditer en grinçant des dents sur les coups que se porte le couple royal, avec élégance et démesure.
- Le Lion en hiver, de James Goldman, mise en scène de Daniel Roussel, avec Monique Miller, Michel Dumont, Mathieu Bourguet, Evelyne Brochu, Sébastien Delorme, Laurent Duceppe-Deschênes, Marcel Girard, Patrice Godin et Olivier Morin. Chez Duceppe, jusqu'au 6 décembre.