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© Le Journal/Hugo-Sébastien Aubert |
René-Daniel Dubois |
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BOB
Comme un coup de foudre
Claudia Larochelle
25-10-2008 | 07h00
Voilà, c’est fait. Après
neuf ans d’écriture,
d’abandon momentané
puis de retrouvailles
inspirantes, René-Daniel
Dubois voit naître le fruit
d’un processus de
création intense.
Bob, tel
le bruit et la fureur,
s’amène avec le fracas
d’un accident de vélo
pour souligner les 40 ans
du Théâtre d’Aujourd’hui.
Par où commencer? Bob… La pièce s’annonce
dense, pleine de ramifications, chargée
à bloc d’émotions, de réflexions qui
changent un peu beaucoup les individus,
selon leur réception.
Que trouverons-nous à
l’issue de cette création de l’auteur de Being
at Home with Claude? Les questions fusent
déjà, les rumeurs urbaines vont bon train.
Nul doute que cette programmation fait
jaser, suscite la curiosité d’une horde de
passionnés de théâtre aussi.
L’ANGOISSE DU GEYSER
Dubois, lui, est anxieux. Il sait pourtant
que son univers, porté avec amour par René
Richard Cyr, ne pourrait être entre de
meilleures mains. Le sensible et brillant
metteur en scène n’en a pas dormi après la
première lecture.
«Comme un coup de
foudre. Ébranlé. Comme un plongeon en
eau froide. Comme un geyser d’eau chaude.
De l’idéal, du romantisme. Un legs. La
magie. Pas de truc. Tout dans les poches,
tout dans les mains. L’amour. Rare. L’art.
Rare. Jamais lu» a écrit Cyr au sujet de Bob.
Tout commence par deux messagers à vélo
qui s’entrechoquent. Il y a Bob et Andy. Ce
dernier est homosexuel, il s’accroche à cette
rencontre, la fuit ensuite puis y revient, incapable
de s’en passer. Bien sûr que c’est ça, le
désir, la passion brutale, l’amour déraisonnable.
Bien sûr que ça parle à tout le monde.
Andy devient le catalyseur de Bob, sa
musique lui remémore Agnès, une actrice
âgée autrefois célèbre qui a changé sa vie et
qui portait en elle l’amour d’un homme dont
le regard seul aura suffi à la mettre au monde.
Pris dans l’étau de sa violence et de son
désir, Bob reçoit, transmet, ose, s’apeure,
apprend.
LE BRUIT DES YEUX
Il regarde. Il est regardé. Le regard inévitable
que nous posons sur l’autre peut
détruire et animer l’autre. Les risques sontils
si grands quand on s’expose aux yeux de
l’autre? Les destins de ces êtres s’entrecroisent,
se heurtent, se baisent et s’enlacent.
Il y a huit ans, Dubois a mis le point final à
ce texte qu’il ne croyait jamais qu’on produirait.
Quelqu’un est allé remettre le texte à
Marie-Thérèse Fortin, directrice artistique
du Théâtre d’Aujourd’hui. Coup de foudre
là encore. Fallait le budget pour cette pièce
à quatorze comédiens. Pour les 40 ans de
son théâtre, il n’y avait rien de trop beau.
Amour, art et magie
René-Daniel Dubois
émeut. Force à la fois vive
et tranquille, totalement
épris de l’humanité,
failles et paradoxes
compris, avec les voix de
Bob à son oreille, il a
respecté la marche à
suivre, obéi au clavier.
Dans la passion, il n’y
avait que ça à faire.
Les personnages lui parlent. Envahissent
son audition. Rien à faire d’autre
qu’écouter. Écouter et écrire. C’est toujours
avec des métaphores colorées, des
phrases qui ne ressemblent à rien de déjà
entendu qu’il se confie au sujet de ses saisissements
créatifs.
Sa pièce Bob ne fait pas exception. Elle
l’obsède et c’est beau à voir. «Je la reconnais
complètement en répétition. Je
tombe à terre parce que c’est la première
fois que je l’entends, c’est le choc»,
précise-t-il.
Il déclare en rigolant qu’un enfant né le
soir où il a commencé à rédiger Bob pourra
voter aux prochaines élections. Ça lui
aura pris neuf ans pour l’écrire et elle
aura dormi pendant huit années dans un
dossier virtuel. Il n’y croyait plus.
«Tout a
été compliqué avec cette pièce, et au
moment où j’ai lâché prise, j’ai reçu un
téléphone du Théâtre d’Aujourd’hui.»
© Le Journal/Hugo-Sébastien Aubert |
René-Daniel Dubois |
SENTIER À DÉFRICHER
L’auteur de Panique à Longueuil et
Adieu docteur Münch, dans les années
1980, a été étonné.
Une pièce exigeant
d’intenses répétitions, une logistique se
révélant plus laborieuse que d’autres
rendait la tâche plus ardue à ceux qui
gravitent autour de la production. En ce
sens, Dubois marche dans un sentier
méconnu.
«C’est comme d’habitude, mais en plus
fort, d’une part en raison de la durée, et
d’autre part en raison de la grosseur de
l’entreprise. Ce n’est pas parce que je
voulais écoeurer le monde que ça dure
quatre heures, c’est juste que ça ne se faisait
pas en moins de temps.»
Foudroyé par le texte, René Richard
Cyr, à la mise en scène, ne pouvait pas
raccourcir. «Je lui ai dit de faire comme si
j’étais mort, que si j’essayais de rouvrir le
dossier pour en enlever, j’allais la réécrire.
Impossible d’y retourner.»
Faut dire que le contenu mène les spectateurs
dans des montagnes russes que
l’on peut difficilement abréger.
Dans les
sommets, trois choses essentielles ressortent:
l’amour, l’art et la magie. Le premier,
c’est l’effet que le monde peut faire,
le second, c’est l’effet que le créateur veut
produire sur l’autre, le dernier implique
la rencontre des deux.
OPÉRATION LEGS
Cette magie opère souvent dans la
transmission entre les gens, élément fondamental
dans Bob et qui préoccupe
Dubois depuis belle lurette.
Peut-être parce que lui-même a un mentor
en France, qu’il reste à l’affût de l’expérience
des autres, plus jeunes comme
plus vieux, ceux qui ont un parcours
autre, qui peuvent le remettre en question.
Peut-être aussi parce qu’il est luimême
source d’inspiration pour d’autres.
Il explose de sensibilité. De quoi magnétiser.
«J’ai accepté d’être fait comme ça. On
n’existe pas comme un ballon suspendu,
on est dans la suite de ce qui nous a précédés
et on est dans la préparation de ceux
qui vont venir après nous.»
Avant de laisser Bob en héritage, il y a
eu Being at Home with Claude, écrite en
six jours en octobre 1984 pendant qu’il
était à New York. Cette pièce a été présentée
en 1985 au Quat’Sous. On lui parle
encore souvent de cette histoire de prostitué
qui commet le meurtre de son
amant qu’il aime le plus au monde.
Bob n’est pas diamétralement opposé à cet
univers. Qu’il le veuille ou pas, Dubois
suit une logique.
«Dans Being, mon personnage freake et
tue son amant parce qu’il a toujours pensé
que ça ne se pouvait pas, autant de
passion. Cette fois, mon personnage ne
sait pas plus quoi faire avec son amour,
mais il marque un pas de plus vers le possible.
La prochaine pièce, en principe,
devrait être sur l’amour passion qui se
peut…»
Nous permettez-vous d’être perplexe,
monsieur Dubois? Faudra être très
convaincant.