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© Photo Le Journal/Donald Courchesne |
Sophie Cadieux et Maxim Gaudette |
Cote des internautes
4/5
(Nbre de vote : 1)
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APRÈS LA FIN
Odeur d'Apocalypse
Claudia Larochelle
11-10-2008 | 04h00
Le dramaturge anglais
Dennis Kelly se plaît à
amalgamer suspenses,
propos sulfuriques,
sensibilités humaines si
menacées qu’elles en
deviennent elles-mêmes
menaçantes, trucs qui
explosent, langage qui
s’emballe.
Dans Après la
fin, présentée à La
Licorne, il n’y a rien de
trop serein, on ose à
peine imaginer ce qu’il y
aura dans cette finalité…
Le trio inspirerait n’importe quel amoureux
de théâtre québécois. Sophie
Cadieux et Maxim Gaudette dans un duel
dirigé par Maxime Denommée.
Ils sont tous les trois issus du Conservatoire d’art
dramatique, en sont sortis à peu d’années
d’intervalle et vivent actuellement une
ascension fulgurante à leur façon unique,
tant sur les planches qu’à la télévision ou
au cinéma, et peuvent avec aisance explorer
les zones les plus troubles d’une tragédie,
emmener le public très loin, le
ramener dans la légèreté l’instant
d’après, le laissant sur ses gardes, désorienté
et perplexe.
L’INQUIÉTANTE ÉTRANGETÉ
C’est beaucoup pour ça qu’on aime certaines
pièces plus que d’autres, parce
qu’elles ont le culot de nous déstabiliser,
de nous sortir les pieds de notre zone de
confort.
Après la fin, que Dennis Kelly a
écrite dans son Londres natal en 2005, sa
troisième pièce, semble avoir ce mérite
sur papier et par le biais des réflexions
que partagent Sophie Cadieux et Maxim
Gaudette, qui s’apprêtent à incarner
Louise et Mark, ces personnages aux
antipodes, deux êtres anxieux prisonniers
dans un bunker que met en scène
Maxime Denommée.
Traduite par Fanny Britt, cette pièce qui a
permis à Kelly de remporter le prestigieux
Meyer-Withworth Award il y a deux ans en
promet non seulement par la charge que le
jeune auteur aime transmettre dans un
théâtre, mais par l’odeur d’apocalypse qui
plane au-dessus de cette histoire tragique
mais tissée de quelques fous rires, de
tranches d’humour noir.
SOINS INTENSIFS
Bien que son rythme syncopé, son foisonnement
aient donné un peu de fil à
retordre aux acteurs dans l’apprentissage
de leur texte, ils entrent dans ce huis clos
avec l’intensité qui leur sied si bien dans
l’interprétation de leurs personnages.
Sans hésiter, ils foncent sous l’oeil complice
d’un Denommée à qui le texte parle, qui
conjugue amour et haine, victime et bourreau,
guerre et paix, fait marcher sur une
ligne de faille très mince. On retient déjà
notre souffle.
Atomes crochus
On ne sait trop de quel bord tout va pencher…
Après la fin. Il y a Mark, il y a Louise, entre les
deux une guerre de pouvoir où tous les
coups sont permis.
Maxim Gaudette et
Sophie Cadieux nous emmènent dans les
sillons déroutants de leur rencontre atomique.
C’est d’ailleurs en cas d’attaque
nucléaire que Mark s’est acheté
un appartenant contenant un vieil
abri antiatomique. Juste au cas.
Ce cas survient justement et lui
permet d’avoir dans ses lieux,
sous sa protection, sa collègue
Louise, avec qui il festoyait dans
un pub au moment de l’attaque.
© Photo Le Journal/Donald Courchesne |
Sophie Cadieux et Maxim Gaudette |
C’est grâce à lui qu’elle a la vie
sauve. Or, quand elle se réveille,
elle ne se souvient plus de rien, ne
sait même pas si ce que Mark lui
raconte est vrai et ignore aussi
quand elle pourra mettre le nez à
l’extérieur. À l’intérieur, elle tente
de s’acclimater, de survivre avec
les réserves de conserves qui
s’épuisent.
Mark, épris d’amour pour elle,
souhaite qu’elle joue à Donjons &
Dragons, qu’ils se construisent un
quotidien là où ils sont. Elle refuse.
Cherche la lucidité qu’elle croit
peut-être avoir laissée dans ce
pub. Entre les deux, la tension
monte par le biais de cette langue
que la traductrice Fanny Britt a
remaniée avec la franchise et la
pointe d’humour qu’on lui connaît.
DU TRAGIQUE AU COMIQUE
«Il y a quelque chose de tragique
et d’immensément drôle aussi, on
se retrouve dans une situation
extrême pour des gens qui doivent
passer 24 heures sur 24 heures
dans des conditions de rationnement
de nourriture, d’eau, d’hygiène,
d’intimité. Ça donne lieu à
toutes sortes de situations»,
explique Sophie Cadieux.
Puis, les scènes se succèdent
dans ce décor frigorifiant de bunker.
Le langage est souvent cru, la
violence, palpable. L’instant
d’après, tout semble redevenir
normal, mais le craquement ne
semble jamais très loin, ce
moment où tout peut basculer.
«La descente aux enfers est véritable,
on va dans les
extrêmes», note Maxim
Gaudette.
L’acteur, qu’on verra cet
hiver sur grand écran
dans la peau du tueur Marc Lépine
dans le film Polytechnique, a
l’habitude des rôles sombres, de
jouer les vilains, les rebelles.
Avec
le sourire dans la voix, il déclare
qu’il peut entrer dans le registre
de la comédie, qu’il en a même plutôt
envie… Avis aux théâtres d’été
qui forment ces jours-ci leur distribution…
Son rôle de Mark penche plus du
côté du gars qui ne s’est pas libéré
de plusieurs émotions qui, dans le
contexte du bunker, se trouvent
amplifiées. Il refoule, macère,
rumine.
«Il a des certitudes qui
font qu’on ne s’ouvre pas à la communication. Mark peut devenir
violent aussi parce qu’il n’a pas ce
qu’il veut, il développe une paranoïa
par rapport à ça. Plus ça va,
plus il devient sombre et inquiétant», poursuit l’acteur.
LE COUPLE EN FILIGRANE
Sophie Cadieux, qui incarne l’affranchie,
celle qui a l’assurance et
le contrôle de ce qu’elle est, parle
de cette métaphore du couple
qu’elle observe à travers la relation
de Mark et Louise dans ce lieu
clos.
«Ils ne peuvent pas en sortir,
il y a cette insinuation du monde
extérieur, comme quand, dans un
couple, tout est refermé.»
Mark aime Louise. Elle pas de la
même façon. Déjà, il y a matière à
dérapage. C’est assez pour qu’elle
se méfie de lui. Jusqu’où iront-ils
dans ce duel qui frôle parfois,
selon les acteurs, les limites du
supportable?
- Après la fin, de Dennis Kelly, mise
en scène de Maxime Denommée.
Avec Sophie Cadieux et Maxim
Gaudette. À La Licorne du 14 octobre
au 22 novembre.
Un avant-goût d’Après la fin…
ton sourire pis y se disent que c’est la plus
belle affaire qu’y ont jamais vue. Ça leur
donne l’impression d’être des tas de marde,
mais y ont quand même envie d’être
proches de toi, même si ça leur fait mal,
même si ça les tue, même si ça pulvérise
leur âme en poussière.»
– Mark
«[…] Je pense vraiment que t’es une bonne
personne pis on a eu des bonnes conversations,
vraiment bonnes, mais je pense
que t’es un ostie de malade pis que t’es un
control freak.»
Elle va se coucher sur son lit. Silence.
– Louise