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L’acte créateur et ses multiples possibles sont à la base du mythe d’Orphée, qui a inspiré Marie Chouinard sans sa plus récente chorégraphie. |
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ORPHÉE ET EURYDICE
Un frisson d'une heure dix
Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
04-06-2008 | 09h37
Contrairement à Orphée qui s'est retourné sur son chemin, renvoyant son Eurydice aux enfers, les spectateurs de la nouvelle chorégraphie de Marie Chouinard qui porte sur ce mythe grec ne peuvent quitter la scène des yeux, obnubilés. Ses danseurs reviennent aux sources de la création avec ce que cela comporte d'extatique et de tortueux aussi, nous faisant vivre une expérience totale.
Après trente années de succès instantanés à l'international, Marie Chouinard a eu envie d'entrer dans les entrailles du processus de création, de les remuer pour en extraire une essence unique qui porte sa signature, celle aussi des créateurs qui repoussent chaque fois les limites de l'art hors des sentiers battus.
L'histoire d'Orphée, premier poète dont la tête échoue sur l'île de Lesbos après qu'il eut failli à la promesse de ne pas se retourner vers son épouse Eurydice lors de son sauvetage des enfers, n'est qu'un prétexte pour démythifier l'artiste qui crée dans la souffrance, avec la jouissive libération qui en découle aussi.
Puissance illimitée
Sur les planches donc, Orphée et Eurydice, qui arrive à Montréal dans le cadre du Festival TransAmériques un peu plus de deux ans après boDY_rEMIX/les_vARIATIONS_ gOLDBERG, s'inscrit dans la démarche chouinardienne portée sur l'exploration d'une corporalité sensible et sensuelle, illimitée dans ses impulsions, parfois déjantées, toujours habitées de touches d'humour.
Chose certaine, la chorégraphe fait vivre une expérience, décoince et transporte les gens. S'ils perdent quelques minutes l'intérêt, ils y reviennent l'instant d'après, happés de nouveau par les forces musicales de Louis Dufort, fidèle collaborateur de l'artiste, dont les sonorités s'arriment au mythe revisité et aux mouvements bien cadencés à ces ondes de choc.
À cette musique originale s'ajoutent les sons des danseurs qui sollicitent un effort organique de leur corps (faut vraiment le voir), exprimant cette parole, cette voix que tout créateur doit laisser émerger coûte que coûte, quitte à la tirer de sa bouche comme un fil imaginaire, remplacé parfois par des serpents ou des boules dorées.
Grotesque raffinement
Les corps déployés explosent dans une quasi-nudité, parés de costumes d'inspiration tribale ou urbano-futuriste, faisant côtoyer grotesque et raffinement. Des danseurs perchés sur des talons hauts, uniquement «vêtus» d'un couvre-sexe noir rigide positionné à angle droit et des couples enlacés dans des positions suggestives ne sont que quelques tableaux provocateurs qui font de ce spectacle une sensation indéfinissable à l'écrit, un frisson d'une heure dix. S'il n'y a pas de mot pour décrire Orphée et Eurydice, c'est qu'il s'agit plutôt d'un son qui désarticule et démembre le corps et l'âme, inoubliable assurément.
- Orphée et Eurydice (FTA), de Marie Chouinard, musique de Louis Dufort, avec Kimberley de Jong, Mark Eden-Towle, Masaharu Imazu, Carla Maruca, Lucie Mongrain, Carol Prieur, Manuel Roque, Dorotea Saykaly, James Viveiros, Won Myeong Won.
- Au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts, jusqu'au 5 juin, à 20 heures.