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© Photo Journal de Montréal |
De quoi sont faits nos cieux? La lumière révèle-t-elle l’illumination
ou la démence? Le Fou de Dieu pose notamment ces
questions. |
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LE FOU DE DIEU
Vive la liberté!
Claudia Larochelle
27-01-2008 | 13h12
C'est un plaidoyer pour la liberté que livre la distribution de la pièce Le Fou de Dieu présentée à la Cinquième salle de la Place des Arts. La liberté d'écouter, de parler, de se taire, de mourir ou de vivre. Surtout, la liberté d'être soi-même, fou ou sain d'esprit. En ce sens, le discours ouvre la porte à une réflexion essentielle.
Si la performance de Benoît McGinnis vous avait époustouflé dans Le Vrai Monde? présenté chez Duceppe avant Noël, courez le voir dans Le Fou de Dieu où il livre une interprétation de haute voltige. Justement, son personnage, François Bernardin, rêve d'avoir des ailes, comme les pigeons auxquels il parle à travers la volière installée sur le toit de l'appartement d'où vient de chuter sa mère.
Lorsque la pièce débute, le corps inerte de cette dernière vient d'être retrouvé. Quelques secondes avant, le jeune Bernardin et elle se trouvaient ensemble, entre ciel et terre. La discussion avait été houleuse... Un policier joué par Jacques Baril doit gérer la crise et faire la lumière sur cette mystérieuse mort.
Constat d'une époque
Les soupçons reposent sur les frêles épaules de ce fils prodige, un ancien champion d'escrime porteur du drapeau canadien aux derniers Jeux olympiques où il a littéralement craqué à la face du monde. Ce n'est pas tant à travers cette enquête que l'effet de suspense opère. On se demande plutôt comment un athlète au pinacle du succès en vient à présenter des symptômes de schizophrénie, à entendre des voix et à devenir hanté par saint François d'Assise au point où il s'imagine en être la réincarnation.
À cheval entre la démence et l'illumination, entre les préjugés et la foi, Bernardin ne retrouve plus l'équilibre. Au bord du gouffre, il lance un des plus sombres cris de désespoir entendus sur les planches du Québec ces derniers mois. Après avoir porté le drapeau de son peuple, il porte les blessures de toute l'humanité, croyant être l'enfant choisi par Dieu pour sauver la Terre de tous ses maux.
L'héritage Béland-Champagne
La folie dans l'oeil comme dans ses spasmes corporels, le souffle court et la puissance d'interprétation à son paroxysme, Benoît McGinnis montre à quel point il peut aller loin dans le registre du déséquilibre.
L'ombre du metteur en scène Marc Béland, qui excelle dans ce même niveau de jeu, plane, indéfectible. La transmission des savoirs de ce dernier, celle aussi du directeur artistique Dominic Champagne à l'endroit de l'acteur de la génération montante possède un je-ne-sais-quoi de touchant.
C'est bien la seule trace d'espoir laissée par cette oeuvre dramaturgique de Stéphane Brulotte. S'ils révèlent notre ambivalence et nos questionnements au sujet d'une quelconque présence divine dans une ère trouble et faite de désenchantement, les mots qui d'abord viennent nous happer de plein fouet tourbillonnent trop vite jusqu'à la fin, sans apporter l'issue escomptée.
Le Fou de Dieu, de Stéphane Brulotte, mise en scène de Marc Béland, direction artistique de Dominic Champagne, avec Benoît McGinnis, Jacques Baril, Julie Castonguay et Lise Roy. À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu'au 16 février.